Chirurgie plastique
(par Michel HAINAUT, mai 2004)

 

Alors qu'il va de soi dans le domaine automobile, le recours au carrossier n'est pas encore la norme dans le milieu moto. Pourtant, il est une alternative rationnelle au remplacement de nos onéreux carénages de même qu'un allié primordial de nos aspirations esthétiques. Coup de zoom...

 

 


Cybermotorbikes, vous le savez, ne parle que de ce qu'il a testé. Rien de mieux pour étalonner le métier de carrossier moto que de lui amener une machine dans l'état piteux où vous voyez notre malheureuse ZX7R ; car tout y était à faire : assemblage d'éléments de provenances diverses, fixation de constituants d'origine sur des adaptables (les phares sur le polyester : une galère !) et bien sûr, réparations (réservoir entre autres), modifications (passage à une coque monoplace) ainsi que peinture personnalisée, inspirée de la dernière saison en mondial Superbike du Japonais Yanagawa.

Pour nous servir de cicérone dans le métier, un vrai motard jovial, chauvin et passionné, comme il se doit. Luc François (mais appelez-le Coluche), le créateur de Coco-Design a plus d'une belle réalisation à son palmarès. Ainsi, sa Laverda de course a-t-elle reçu deux fois le titre de plus belle machine du plateau, et plusieurs motos de notre rédaction avaient précédé la Kawasaki dans son atelier.

Au fait, pourquoi Coluche ? « Quand j'avais davantage de cheveux, j'avais la même coiffure que lui et aussi les mêmes lunettes. Et la veille de son accident fatal, je m'étais moi-même vautré en ZX750 Turbo. C'est vrai qu'en entendant la nouvelle dans mon lit d'hôpital, je me suis dit que j'allais arrêter... pendant un peu moins d'une heure. » Et notre homme d'enchaîner les machines au gré de sa passion, allant vers des motos plus sages sur route à mesure qu'il roulait davantage en course : « Je voue un culte aux belles motos, c'est ce qui m'a évidemment amené à vouloir en magnifier l'esthétique. Bien que je sois électromécanicien de formation, je travaillais pour une grande carrosserie automobile où j'ai souvent constaté que tant les carrossiers voiture que les experts ignoraient ce que l'on pouvait faire et comment le faire dès qu'il s'agissait d'une moto. Ce fut pour moi une grande motivation : j'ai lu, étudié, testé pour finalement devenir celui qu'on consultait tout naturellement quand il fallait travailler sur un deux-roues. Parallèlement, j'avais commencé à peindre des motos chez moi il y a une quinzaine d'années en affinant sans cesse les techniques. De là, les choses s'enchaînent et le désir me vient de vivre de ma passion en ne m'occupant plus que de motos. C'est là l'origine de Coco-Design... »

Un métier à part entière

Un carrossier moto, et Luc François ne fait pas exception, conçoit la peinture d'une machine comme un travail de haute couture, mais cette motivation esthétique n'est pas la seule : « C'est juste : l'esprit motard, si différent de ce qui règne en auto, est très important aussi. Cette envie d'arsouille, cette propension à la fanfaronnade et cet amour de la belle trajectoire rendent le motard attachant et motivent en moi l'envie de mettre sa monture en évidence ; un peu comme le chevalier médiéval dont le cheval reproduisait les armoiries et les couleurs. »

Finalement, ce qui est particulier au métier c'est que peu de carrossiers savent que les plastiques se réparent : « Je n'en reviens pas de constater combien de motards rachètent à prix d'or des carénages et coques d'origine parce que le carrossier avec qui travaille leur concessionnaire ignore ce qui est possible. La plupart du temps, il s'agit de quelqu'un qui répare presque exclusivement des voitures et n'a donc pas les connaissances requises pour travailler les diverses matières synthétiques utilisées pour l'habillage de nos motos. » Il faut aussi souligner que le motard belge a ceci de particulier qu'il reste fort attaché à l'aspect d'origine alors que, dans les pays voisins, c'est à la transformation que l'on accorde une plus-value.

« Une autre spécificité, ajoute notre hôte, ce sont les autocollants d'origine sérigraphiés qu'on ne peut donc dupliquer comme de simples lettrages, et qui font monter les factures. Mais on peut peindre et souder bien plus de choses qu'on ne croit ; le tout, c'est juste d'utiliser les produits adéquats. Les plastiques ne sont pas tous identiques, leurs températures de fusion diffèrent. Alors, on se documente pour apprendre, mais il y a toujours des carénages qui font jurer le carrossier, car rien ne remplace la pratique. Puis, il y a la phase de préparation après soudure qui est essentielle et requiert aussi un savoir-faire spécifique. Souvent du reste, travailler une pièce moto exige un temps double d'une pièce voiture. En réalité, l'utilisation de couches primaires réellement adaptées (ce qui est rare) définira la durée de vie de la réparation et donc de la peinture qui est dessus. Ainsi, le vrai carrossier moto travaille avec des « primaires » souples garantissant la bonne tenue de la peinture dans le temps en lui évitant de se rider et de se craqueler. C'est plus cher, mais c'est autrement rentable pour le client, car des formules à bon marché peuvent être ravagées par 500km de route... »

Pistolet ou aérographe ? « L'aérographe, c'est une carte de visite : les jeux d'ombres et de reliefs sont à la peinture ce que le drapé est à la couture. Ceci dit, ce type de dessins nécessitent évidemment plus de temps qu'une peinture simple ; c'est pourquoi le carrossier peut être amené à sous-traiter ces travaux. »

Oranges et citrons

Demandez à Coluche ce qu'il aime et ce qu'il déteste dans son métier, et les réponses ne tardent pas à fuser : « Les casse-pieds sont ceux qui n'ont pas conscience de la somme d'opérations requises pour un travail de qualité : les phases de réparation, de préparation, les passages en cabine, les multiples couches de vernis, etc. Par contre, le bonheur est dans une moto qui arrive à l'état de virtuelle épave et ressort transfigurée en illuminant le regard de son propriétaire venu la chercher ; ça c'est très valorisant et ça confère toute sa noblesse au métier. Je rêve un peu, mais une moto peinte, je la vois comme un tableau « de maître » : lorsqu'elle est finie, on ne devrait plus avoir à y toucher. »

A ce stade, vous vous interrogez légitimement sur la juste rétribution de ce savoir-faire ; voici donc quelques indications :
•  Une basique monochrome à repeindre d'origine avec de petites réparations : 500€ ;
•  Une CBR repeinte entièrement en Gibernau réplica (tout en peinture, sans aucun autocollant et sans réparations) : 2000€ ;
•  Une Hayabusa en bleu/blanc copié d'une GSXR 750 : 1500€.

Et si vous hésitez, considérez donc notre ZX7R avant et après...

Coco-Design
Avenue de la Couronne 331
1050 IXELLES
02/647.74.76
www.coco-design.be

Chronologie de chantier

Voici l'inventaire des multiples opérations que nécessite une réfection en profondeur :

•  évaluation des dégâts ;
•  discussion avec le client ;
•  démontage des pièces à traiter ;
•  réparations par soudures ;
•  débosselage ;
•  étamage (colmatage des pièces métalliques à l'étain fondu) ;
•  masticage (colmatage des pièces plastiques) ;
•  ponçage ;
•  surfacer souple ;
•  primer souple ;
•  peinture ;
•  lettrages ;
•  dessins éventuels ;
•  remontage ;
•  finitions.

C'est toute la panoplie de ses compétences dont Coluche a eu besoin pour sauver la face de notre ZX7R. Ainsi, 4h de travail ont été nécessaires pour corriger le garde-boue indigne fourni par les Français de Poly26. Le réservoir vient d'être enduit de « primaire » souple ; quant au flanc de coque arrière, il arbore les soudures qui masqueront les trous laissés par les clignotants et les poignées de maintien. D'une qualité médiocre le polyester du carénage français Sebimoto a considérablement compliqué le placement des optiques d'origine.

Vers le tuning

Et pourquoi ne pas peaufiner le travail par quelques accessoires valorisants ? Les carénages d'origine ne sont pas les seuls à afficher un tarif rédhibitoire : complet, le bloc compteur d'une ZX7R avoisine les... 1500€ ! MOD7ce, encore un produit français, vous propose pour 300€ ce combiné entièrement électronique aux nombreuses fonctions, et qui pèse aussi un bon kilo de moins que l'ensemble d'origine. Bien de chez nous, la redoutable ligne course signée Doma Racing, épaulée par un filtre à air K&N, tire 130cv de notre Kawa et... assourdit tout sur son passage. A l'instar du garde-boue avant, les protections de cadre en carbone sont estampillées Poly26 et n'ont pas été faciles à travailler non plus. Enfin, c'est de chez Kawasaki que provient la superbe patte de fixation du silencieux.

 

 

 

 

« Luc François dit Coluche  : chapeau l'artiste ! »  

 


MH


Tous droits réservés à CYBERmotorbikes © 2003
Toutes les marques citées sont la propriété exclusive de leurs propriétaires / auteurs