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Harley-Davidson
V-Rod 2004
(par Rudy Scohy, mai 2004)

Pour rendre
justice
Revolution est le patronyme du moteur qui anime
la V-Rod. Issu du propulseur de la VR1000 alignée en Superbike
US, il en fait une Harley iconoclaste qui s’y entend pour séduire;
et pas seulement sur les routes ensoleillées de l’Oncle Sam...
Avec la V-Rod, l’heure est à la révision des clichés
depuis deux saisons déjà: personnalité et technologie
moteur, esthétique déviante, partie-cycle et freinage, tout
concourt à faire de ce Street Cruiser le nouvel emblème
de la marque à l’aigle. Pour 2004, la version B accentue
encore le décalage avec un certain classicisme Harley puisque cette
fois, c’est le cadre qui se pare de noir et le légendaire
moteur qui délaisse les chromes au profit d’un traitement
de surface tout alu à connotation plus racing que cruising. Ajoutez-y
un guidon moins reculé que sur la VRSCA (qui est aussi un bon millier
d’euros plus chère) et vous aurez l’essentiel des différences
entre les deux versions. Chez CYBERmotorbikes en tous cas, nous jetterions
notre dévolu sur la B parce qu’elle radicalise l’interprétation
différente du mythe Harley propre au modèle.
American beauty
Il est cependant un point de vue pour lequel la V-Rod ne fait nullement
sécession par rapport à la famille Harley: on en profite
d’abord avec les yeux. Très fine, la V-Rod met spécialement
son moteur en valeur; ce dernier ayant profité de la collaboration
de Porsche pour sa mise au point (mais oui!) le mérite d’ailleurs
bien. Outre sa p ersonnalité
dont nous parlerons plus loin, il est aussi le premier propulseur américain
de tourisme dont l’angle du V atteigne 60°, sans parler des
solutions techniques retenues qui font du Revolution une authentique...
révolution culturelle: montage souple et arbre d’équilibrage
pour éradiquer les vibrations, culasse à double arbre et
quatre soupapes, refroidissement liquide et injection électronique.
Ce n’est plus une Harley, décrétèrent certains
râleurs lors de la présentation de la machine en 2002; ils
se trompaient.
Sur la V-Rod, l’inspiration des designers confine à la perfection.
A l’exception des roues pleines qui ont, à notre avis, le
tort d’alourdir le profil, la sculpturale Américaine rallie
tous les suffrages en associant fluidité (faux réservoir,
phare, instrumentation) et audace (sellerie, écopes de radiateur,
double gun biseauté). Et ce n’est pas tout, car la finition
générale fait honneur à la marque; on épinglera
à ce propos la discrétion du câblage au guidon. On
n’a trouvé que deux détails de nature à faire
maugréer le « V-rodeur » qui sommeille en vous: le
feu arrière qui pourrait provenir d’un scooter et les plastiques
indignes que dévoile la sellerie lorsqu’on la soulève
pour faire le plein. Mais là n’est pas l’essentiel
et regarder la V-Rod vous plonge en apnée sans que vous vous en
aperceviez...
Métal hurlant ou Fluide glacial ?
Ces références bédéphiles s’expliqueraient
amplement par le profil très manga de la plus puissante des Harley,
mais elles prennent davantage de sens encore dès qu’on en
connaît le comportement.
Le tableau de bord ovoïde présente très bien, mais
n’est pas très lisible car le compte-tours et surtout l’affichage
digital sont trop petits. Nous trouvons ce dernier lacunaire parce qu’il
ne propose qu’un trip et pas d’horloge; par contre, il offre
une gestion très fine du carburant puisque, outre la jauge et le
témoin de réserve, il affiche en kilomètres l’autonomie
restante dès que la réserve est atteinte. A vrai dire, ce
n’est pas un luxe car, avec une consommation moyenne de près
de 9L/100km et un réservoir limité à 14 litres, on
en serait vite réduit à l’arrêt forcé!
La sellerie avant est profonde et moelleuse, mais les platines sont si
éloignées que les petits gabarits devront faire du stretching
intensif pour espérer toucher les pose-pieds et, comme le guidon
de la VRSCB est à cintre plus plat que sur la version A, il en
ira de même pour les bras. Le contacteur, situé sous la fesse
droite, permet de déverrouiller la selle (montée sur charnières)
pour accéder à l’orifice de remplissage; à
l’inverse, il ne bloque pas la direction et, pour ce faire, il vous
faudra encore recourir à l’antique neiman placé au
guidon.
Contact: l’injection s’occupe de tout et l’absence de
vibrations s’impose d’emblée comme un nouveau standard.
Bien que fort flatteur d’aspect, l’échappement de la
V-Rod sort un ronflement qui tient plus du flat-twin bavarois que du martèlement
proverbial des v-twins refroidis par air. Décevant ça; pour
le côté Métal hurlant, il faudra faire appel aux accessoires
concoctés par Screamin’ Eagle, le préparateur attitré
de toute Harley qui respire. En route, le Fluide glacial ne sera pas de
mise
lui non plus; à moins qu’il fasse frais bien sûr, car
la position de conduite très typée low rider vous expose
à toutes les intempéries. A ce propos, le pare-brise optionnel
a beau être magistralement intégré à la ligne,
il ne protège que très partiellement. En outre, son discret
système de fixation ne nous a pas trop convaincus, et nous avons
dû le replacer plusieurs fois durant notre semaine de test.
Quant au fluide que distille la V-Rod, il sera bestial. L’aguicheuse
se fait torride lorsqu’on lui caresse la poignée droite et
c’est là que le bloc Revolution donne sa pleine mesure. La
vigueur de ses montées en régime et surtout son allonge
affolante pour qui connaît celle des autres Harley-Davidson, aura
été pour nous un perpétuel sujet d’étonnement
et de plaisir. Grâce à l’injection, la V-Rod est souple
et ne regimbe pas à relancer sous les 2.000tm; elle commence à
tracter vers 3.500tm et devient magique au-delà car, à 6.000tm,
là où les Américaines gavées de burgers s’essoufflent
et demandent grâce, la VRSC dégaîne seulement et flingue
tout ce qui bouge en tirant sauvagement ses 115cv. Croyez-nous sur parole:
au début, on est bouche bée dans son casque en se sentant
collé au dosseret. Passé la première salve, on perçoit
mieux les subtilités du travail des motoristes: s’il n’a
pas le côté rugueux voire brutal des v-twins à air,
le Revolution affiche la poussée linéaire d’un missile
de croisière! Linéaire oui, et pourtant virile tant la V-Rod
sait vous projeter vers l’horizon. Disponibilité et puissance
brute se joignent pour fournir au « V-rodeur » son lot ininterrompu
de sensations. Ce moteur-là est une réussite éclatante
qui inaugure sans doute une ère nouvelle pour le constructeur US.
Alors que l’enflure des cylindrées anime les autres marques,
Harley-Davidson marque sa différence (1.130cc seulement) et prend
une évidente longueur d’avance en matière de design.
Pilote!
Le célèbre magazine français explorait de nouvelles
voies; c’est aussi ce que fait la V-Rod. Et c’est judicieux
car avec un tel moteur et une géométrie aussi radicale,
il convenait de soigner le comportement routier. L’empattement et
l’angle de colonne étant ce qu’ils sont, il est évident
que notre Harley n’est pas conçue pour écumer les
circuits, et on entend déjà ricaner les plus sectaires d’entre
vous à l’idée que le « V-rodeur » doive
sortir son portable et prendre rendez-vous pour avoir une chance de franchir
un virage serré... Tout faux: à ce jeu-là aussi,
l’Américaine étonne et nous n’hésitons
pas le moins du monde à en faire la meilleure Harley jamais produite
si l’on veut juger en termes d’efficacité pure, ce
qui n’est pas toujours pertinent s’agissant de customs.
Dure mais étonnamment précise, la boîte 5 est parfaitement
secondée par la courroie crantée qui s’avère
d’une neutralité épatante dans toutes les situations
et, si ce n’était l’effort important réclamé
au levier, l’embrayage signerait un sans-faute lui aussi. Viennent
alors les trois éléments qui se conjuguent pour faire de
la V-Rod une Harley-Davidson hors normes: suspensions, freins et monte
pneumatique.
Tout biker honnête reconnaîtra que les suspensions viennent
souvent ternir l’image d’un custom, que ce soit en comportement
dynamique ou en confort. Sans crier au miracle, les Américains
ont cependant fait du bon travail dans la mesure où, sur la V-Rod,
la fourche et les combinés arrière travaillent bien à
l’unisson. Ainsi, la moto encaisse la cavalerie sans jamais se désunir,
même sur route bosselée et, avec une telle géométrie,
c’est déjà une manière exploit... Le tarage
des ressorts (réglables en précharge à l’arrière)
est suffisamment ferme pour leur éviter de talonner, du moins si
le pilote est seul; de sorte que la moto amortit correctement les inégalités.
Et comme le cadre s’avère rigide, la moto affiche une stabilité
rarement atteinte dans son créneau. Pour le confort? Franchement,
le pilote n’a pas à se plaindre s’il mesure plus d’1m70
(insistons encore une fois sur ce critère de taille!); par contre,
il ne faut pas espérer emmener un passager sur plus de quelques
dizaines de bornes. Le strapontin arrière est dur au point que
c’en est illégal et l’absence de poignées, jointe
à la position avancée des jambes, le transforme en siège
éjectable à chaque accélération: la V-Rod
est donc clairement une moto d’égoïste...
Autre cliché à évacuer: une Harley, ça ne
freine pas. Avec ses trois grands disques et ses étriers à
4 pistons, la V-Rod a de quoi décélérer fort, très
fort même. On soulignera en plus que la fourche ne plonge pas exagérément
et que la moto tolère les décélérations en
courbe sans sourciller, ce qui lui permet une certaine improvisation dans
le pilotage. Voilà qui est neuf aussi pour un custom. En réalité,
la seule faiblesse du freinage provient des épais leviers propres
à la marque: comme pour l’embrayage, ils vous obligent à
consentir un gros effort pour les actionner; c’est contraire à
l’ergonomie et ça ôte une bonne part de feeling. Bref,
il convient de s’y habituer mais, une fois que c’est fait,
la V-Rod s’arrête toujours quand il faut.
La preuve que le constructeur américain tenait à soigner
le comportement dynamique de sa dernière née, nous la voyons
aussi dans le choix de sa monte pneumatique d’origine. En effet,
Harley a demandé à Dunlop de développer un jeu de
ses D207 dans les dimensions spécifiques de la V-Rod (19 pouces
à l’avant et 18 à l’arrière). Armée
de ces gommes hypersportives, elle offre un grip que ne partagent pas
les autres customs. Qui dit pneu sport dit aussi profil rond pour accentuer
la maniabilité; là encore la V-Rod profite pleinement des
D207. En effet, elle s’inscrit en courbe avec une aisance et un
naturel étonnants; le « V-rodeur » doit juste s’acclimater
à la phase initiale de la mise sur l’angle: le profil accentué
du pneu avant fait « tomber » la machine sur sa trajectoire,
occasionnant un peu de survirage si on ne corrige pas au guidon. Mais
ici encore, c’est une particularité à laquelle on
se fait vite et qui se mue ensuite en une source de plaisir supplémentaire,
car on joue avec la nervosité du train avant tout en profitant
du grip pour remettre du gros gaz bien plus tôt que sur un autre
cheval de la même écurie.
Verdict
Vous l’aurez compris, la V-Rod est une Harley-Davidson décalée
et un cas à part dans l’ensemble de la production custom.
Mais elle est surtout une machine passionnante qui fait à merveille
ce qu’elle a à faire: donner du plaisir à son pilote.
Usine à sensations doublée d’une image quasi mythique,
la V-Rod est une moto aboutie qui n’a virtuellement aucun point
faible; le prix, la consommation, l’inconfort du passager sont des
caractéristiques qui s’effacent dès qu’on les
mesure à l’aune des battements de coeur que suscite son apparition.
Justice est faite!
Harley-Davidson V-Rod B - 19.845 euros
Mécanique
Moteur: 4T, 2 cylindres en V à 60°, refroidissement liquide,
Revolution.
Cylindrée (alésage X course) : 1131cc (100 x 72 mm)
Puissance : 115cv à 8.500 tm
Couple : 105 Nm / 6.600 tm
Alimentation : Injection électronique
Transmissions : 5 rapports - Embrayage Multidisque en bain d’huile
– courroie crantée
Châssis
Cadre: Acier, périmétrique supérieur à longerons
hydroformés ; inférieur à longerons boulonnés
Suspension av : Fourche téléhydraulique Showa tubes 49 mm,
débattement 100 mm
Suspension ar: 2 combinés Showa réglables en détente,
débattement 70 mm
Frein av : Double disque flottant, 292 mm. Etriers 4 pistons
Frein ar: Simple disque, 292 mm. Etrier 4 pistons
Pneu av : 120/70 x 19
Pneu ar : 180/55 x 18
Chiffres
Angle de chasse : 38°
Empattement : 1.713 mm
Hauteur sellerie : 660 mm
Poids à sec : 275 kg
Garde au sol : 142 mm
Répartition: NC
Réservoir: 14 litres (pas de réserve à cause de l’injection)
Consommations: entre 8 et 9 L/100kmImportateur
Importateur
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Tél. info : 070/222.340
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