Aprilia RS 250 - 2000

Racing Machine

par Olivier Darge

La sportivité n'est décidément pas qu'une question de performances brutes, de kilowatts et de centimètres cubes. Un bon exemple en est l'Aprilia RS250.

Aprilia annonce clairement la couleur en décrivant cette moto comme une descendante directe, voire la copie parfaite des RS 250 qui s'illustrent en championnant du monde de vitesse pure. Sans doute, mais il m'est difficile de le vérifier de toutes façons. En tous cas ce petit moustique bourdonnant est plutôt impressionnant. Le modèle est apparu en 1995 et a évolué régulièrement d'après les améliorations successives apportées aux vraies RS250 du championnat du monde. Bref, que ce soit le moteur, le cadre, le bras oscillant, le carénage, la fourche et le freinage, on est ici face à du très bel ouvrage. Cette qualité transparait aussi visuellement : les lignes sont pures, les matériaux utilisés sont nobles (aluminium, acier haute qualité, magnésium) et donnent une vraie classe à la moto. Le bras oscillant est particulièrement réussi.

La moto est très compacte mais pas très discrète, il n'y a qu'à jeter un oil sur la déco 'RACING'. Avec de tels autocollants, pas question de faire de la figuration au risque de se faire traiter de lopette !

Le mode d'emploi du moteur n'est pas évident et la prise en mains demande quelques temps. Etant donné qu'il s'agit d'un moteur 2 temps 'racing' à carburateurs, le démarrage se fait au kick et starter. A l'ancienne quoi ! Où est la modernité ? C'est ça rouler 'racing' ? Quelques minutes de chauffage me donnent le temps de contempler le tableau de bord très complet, semblable à celui de l'hypersport RSV Mille. De multiples données sont disponibles sur l'état du moteur (dont la température) mais aussi un chronomètre avec mémoires pour chasser le chrono. Le manuel sera nécessaire pour en explorer les possibilités.

On se rend compte assez vite que la ville et les démarrages ne sont pas le terrain de jeu favori pour la RS, à cause d'un moteur très pointu peu à l'aise dans les basses rotations. Sur un 2 temps ca ne m'étonne pas mais ici c'est le pompom. Ce qui me vaut d'être facilement " taxé " au démarrage par d'autres véhicules. Pourtant le mode d'emploi est simplissime : gaz à fond et embrayer progressivement ! L'embrayage cire un peu mais alors là ca envoie franchement. Le moteur délivre ainsi ses watts avec sensations, il commence à pousser à partir de 7-8000 tours, mais les reprises franches sont assurées seulement à partir de 9000 tours avec en prime le coup de pied aux fesses ! Eh oui, c'est très pointu, et c'est très déroutant pour un motard habitué au couple honnête d'une moto 4 temps, même basique. Ici, pas question de s'endormir.

Mais on s'habitue à tout, même cet exercice forcé. Et on en redemande, car rouler en RS250 est peut être un peu pousse-au-crime, mais question plaisir, c'est top. Le bruit du deux temps couinant dans les tours est en tous cas excellent et contribue à l'ambiance 'racing' des sorties en RS250. C'est aussi l'idéal pour se réveiller !

Le compte tours ne se lit pas comme d'habitude car la zone rouge est programmable et fait flasher un témoin au régime voulu. Chaque voiture à dépasser, chaque ralentissement, impose la sélection du bon rapport, ou sinon, ca n'avance plus. Avec un peu d'habitude on anticipe et on apprivoise le moulin. Par contre ce qui ne change pas, c'est que le régime moteur doit être systématiquement maintenu au-dessus de 8000 tours. Toute tentative de conduite cool, " sur le couple " est dénuée de plaisir et inefficace : le moteur ne tourne pas vraiment rond, il s'étouffe, et manque sérieusement de ressources. Le bicylindre respire au mieux lorsqu'il est cravaché, car c'est le cour d'une bête de course. Point final.

Sans entrer sur un circuit, on apprécie la rigueur de comportement de la RS. Avec 140 kg et un équipement haut de gamme, on peut attaquer franchement. Ca freine très fort, l'agilité est excellente et la rigidité surprenante. Il aurait été étonnant que la moto se saucissonne ! Alors, à ce rythme plutôt nerveux, on arrive vite sur la réserve d'essence. La RS boit pas mal, ce qui ne m'étonne qu'à moitié pour un deux-temps. Comptez 10 l/100 km. Il est difficile de s'écarter de cette moyenne. Lorsqu'il est temps de recharger le réservoir d'huile, on grince des dents et on peste. Vraiment pas pratique de transvaser sans entonnoir ! Voilà un " détail " à revoir Messieurs les ingénieurs.

Sur le plan du confort du pilote, le bilan est plus réaliste : la protection offerte par le carénage n'est pas mauvaise du tout, et la selle ne me laisse pas un souvenir de tape cul. Ou serait-ce le plaisir de pilotage et l'ambiance racing qui gommerait ce genre de défauts ? Allez savoir ? Etonnante ergonomie ! Prévoyez quand même le port d'un cuir sportif sans bourrelets afin de pouvoir faire corps avec la moto et laissez le manche à balai à la maison. :-)

De toute façons, je me vois pas mal partir en week-end avec cette moto, à moins d'avoir un pote en R1100RT pour transporter mes bagages ? Aprilia a quand même doté la RS d'un mini coffre sous le capot de selle. Logez-y un bidon d'huile 2 temps et une bombe anti-crevaison, et c'est complet.

Le bilan global me laisse perplexe : pour le (vrai) sport et la conduite musclée cette RS250 est excellente et fun. Par contre elle ne peut être considérée que comme seconde moto pour les roule-toujours, car sa polyvalence est très limitée et son coût d'utilisation est loin d'être négligeable. A réserver aux amateurs avertis donc !

Points positifs
+ mine de rien, ça avance bien !
+ bruit moteur très fun
+ ambiance sportive

Points négatifs
- moteur très pointu
- consommation
- compartiment huile mal fichu

Fiche technique Aprilia RS 250 2000

Prix

294000 Francs belges

Moteur

Type : bicylindre en V 90° ; 2 temps, refroidi par eau ; soupape de puissance commandée par un moteur pas à pas

Cylindrée (alésage X course) : 249 cc (56X50,6mm)

Puissance : n.c. (environ 70 cv)

Couple : n.c.

Alimentation : Mikuni TM 34 SS flat side (2)

Boîte : 6 rapports

Embrayage : multidisque à bain d'huile

Transmission : chaine

 

Partie-cycle

Empattement : 1365mm

Suspension avant : fourche inversée 41mm ; régl. en détente et compression, débattement 120 mm

Suspension arrière : simple amortisseur ; régl. en détente, compression et précharge du ressort, débattement 130 mm.

Frein avant : 2 disques flottants 298mm ; étriers Brembo 4 pistons avec différents diamètres

Frein arrière : 1 disque 220mm

Pneu avant : 120/60 ZR 17

Pneu arrière : 150/60 ZR 17

Poids à sec : 140 kg

Capacité réservoir : 19,5L (réserve 3,6 L)

 

O.D.


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