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Aprilia RSV/R 2003
(par Rudy Scohy, avril 03)

Question de prestige ou prestige en
question?
Pour qui cherche le prestige, l’Aprilia RSV/R est
un des must du marché. Plus encore cette année, alors qu’elle
se pare de splendides freins radiaux. Mais au-delà du fantasme
lié aux matériaux nobles et aux équipements course,
quelle réalité cache le mythe?
Les habitués de CYBERmotorbikes savent déjà
tout le bien que nous pensons de la RSV en général. Après
avoir été épatés par la version de base l’an
dernier, la version R nous a été confiée cette saison
pour un essai qui fleure bon l’odeur des paddocks. 200km de circuit
et 600 de routes nous ont révélé la quintessence
de la R...
Da
urlo!
« A hurler », elle l’est au moins en statique,
la nouvelle R: sa ligne est un tout petit peu moins torturée parce
que l’arrière a été assagi, son silencieux
anodisé mat la sert mieux, elle mélange adroitement les
coloris vernis et mat, elle arbore des jantes OZ désormais magnifiquement
dorées et puis, il y a son freinage Brembo oro radial; ça
en impose grave... Sans parler des suspensions Ohlins qu’on connaissait
déjà (avec amortisseur de direction et fourche ainsi qu’élément
arrière optimisés cette année) et du carbone très
présent. Enfin, la peinture d’inspiration racing vient s’ajouter
à la griffe de « Nitronori », le surnom de Noriyuki
Haga, pour faire battre le coeur de tous les amateurs de performances.
Il paraît que le généreux kamikaze a eu son mot à
dire dans le développement de la nouvelle R... Pour le reste, l’examen
statique confirme que la finition n’est pas (tout à fait)
à la hauteur des composantes parce que quelques soudures restent
grossières, ainsi que quelques plastiques, dont celui du tableau
de bord. On n’en veut pas pour autant à la RSV de base, mais
on le reproche à la R qui coûte tout de même 3400 euros
de plus. Pour en revenir aux cadrans de bord, on continuera d’incriminer
leur manque de lisibilité et la complexité de leur mode
d’emploi; ils compensent
cependant en étant hypercomplets, chrono compris. Vous me direz
que nombreux sont ceux qui regimbent toujours devant l’esthétique
de l’Aprilia (surtout sa face avant), mais nous ne sommes pas de
ceux là: c’est précisément sa différence
qui contribue à sa beauté. Sinon, attendez 2004, les premières
photos de la nouvelle RSV semblent alléchantes, quoique rappelant
un peu une VTR SP. A moins qu’il s’agisse du genre d’intox
dont les Italiens sont coutumiers.
En selle, l’excellente impression se confirme: la
RSV sait accueillir son pilote parce que ses mensurations la rendent logeable,
même pour les grands. Sa bulle à double courbure protège
très correctement jusqu’à 160 et, depuis cette année,
on peut même emporter un passager en dépannage; à
condition toutefois d’avoir mis la seconde selle à la place
du dosseret. Sous ce dernier, un rangement dont le volume n’a pas
à rougir d’une comparaison avec des machines pourtant moins
extêmes: de quoi se plaint le peuple? Sûrement de l’appui
sur les poignets car, après quelques gros freinages, l’entraînement
spécifique devient indispensable pour éviter la tendinite.
Quant aux jambes, leur pliure reste légale et on ne s’en
plaindra pas.
Impressions et dépression
Il est clair que la RSV/R justifie grassement la différence de
tarif qu’elle accuse avec la version de base: 3400 euros pour des
jantes en aluminium forgé (plus légères et plus rigides
donc), des suspensions Ohlins et un freinage radial, c’est donné.
Il n’y a donc pas là matière à critique, d’autant
qu’Aprilia ne vous facture le passage aux étriers radiaux
que 500 euros, en comparaison de la R 2002. Nous nous contenterons de
redire aux plus raisonnables d’entre vous que la version de base
offre déjà un tel équilibre et une telle précision
qu’aux mains de 99% des pilotes, elle aurait largement de quoi damer
le pion à la version R. Ceci étant, il est vrai qu’elle
n’a pas le même charisme et qu’on quitte en ces matières
le domaine du rationnel pour confiner à celui du fantasme.
Bref, nous voilà en route.
Avec 3kg de moins que la RSV et ses jantes forgées, la R affiche
une agilité qui la fait croire moins lourde qu’elle n’est
en réalié et même en ville, elle se tire d’affaire
très honorablement. Ce n’est pas une 600 poids plume, mais
elle fait preuve d’un équilibre parfait qui compense les
quelques lourdeurs bien compréhensibles ressenties à très
basses vitesses. Que remarque-t-on sur route lorsque l’allure s’accélère?
D’abord que ce moulin-là manque de souplesse: sous les 3.000t/m,
y a personne; et le nouvel étagement de la boîte racing,
avec ses trois premiers rapports plus longs (superbike oblige) et les
deux derniers plus courts, n’arrange évidemment rien à
l’affaire. Il s’éveille ensuite à 4.500t/m pour
exploser de 6.500 à 9.500t/m, un régime au-delà duquel
le bicylindre à 60° ne veut plus rien entendre. Le bloc Aprilia
est expressif, ça oui; mais on connaît d’autres bicylindres
italiens qui en font plus en matière de sensations dispensées
à leur propriétaire... Pourtant la cavalerie y est, avec
130 bourrins annoncés au vilebrequin et 115 vérifiés
à la roue: alors pourquoi se fait-on taxer par des 600 aux yeux
bridés sur les réaccélarations? Parce que ça,
c’est vexant hein! C’est arrivé sur route, et c’est
arrivé aussi sur la piste de Croix-en-Ternois: avec ce nouvel étagement
de boîte, vous êtes pourri à l’accélaration
dès que le bout droit est un peu court. Bien sûr, il y a
la patate du « bi » et sa musique mais tout de même,
au guidon d’une meule échappée d’un paddock,
on a sa fierté et on n’aime pas trop déposer les armes
devant un « moulin à café » qui hurle à
15.000t/m...
Evidemment
sur l’Aprilia, on a le loisir de modifier la longueur de l’amortisseur
arrière, ce qui revient à transformer l’assiette de
la moto. Ainsi à Croix, en la basculant légèrement
sur l’avant, on coupait court à toute velléité
de délestage de l’avant à l’accélaration.
Reparti en piste, après avoir aussi durci l’amorto de direction,
on ouvre sans aucune retenue: l’écart a diminué avec
les rascals en 600, mais les 1000 à quatre-pattes ont toujours
l’avantage. Yapu qu’une chose à faire: les atomiser
au freinage. Là, c’est magique: les étriers radiaux
offrent une sacrée puissance de décélération
et une allonge inépuisable, d’ailleurs les mêmes lascars
doivent pleurer en voyant l’Aprilia les passer dans les derniers
mètres précédant la plongée à la corde.
Donc, s’agissant de puissance et de potentiel, les brembo radiaux
se posent vachement là; toutefois, comparés aux étriers
de la Kawa ZX6R, ils n’offrent pas autant de feeling et se révèlent
même un peu violents à l’attaque du levier. Cela pourrait
s’expliquer par le fait que, contrairement au constructeur japonais,
Aprilia n’a pas profité du passage à la technologie
radiale pour diminuer le diamètre de ses disques. Des économies
de coûts sont sûrement passées par là. En vérité,
cela n’a rien de gênant dès qu’on a assimilé
le mode d’emploi du radial; sauf qu’il faut éviter
les entrées de courbes « sur les freins » et plus encore
les petits coups de levier droit pour corriger une trajectoire: frein
arrière indispensable dans ce cas de figure.
Heureusement, l’exceptionnelle
bonne volonté de la fourche vient atténuer tout cela: même
en écrasant le levier de frein, l’élément Ohlins
continue de travailler sans à-coups, en évitant soigneusement
de verrouiller la moto sur ses freins. De son côté, l’élément
arrière assure la motricité dans tous les cas, et le système
PPC se charge d’éradiquer tous les dribblings. Donc au total,
la RSV/R donne sa mesure sur un circuit, en affichant une fluidité
magistrale qui n’est remise en question que lors des changememnts
d’appui trop rapprochés, où l’on paie un peu
les 187kg de l’engin, ses mensurations généreuses
et son angle de chasse pas trop radical, histoire de garder la roue avant
au sol sous l’effet du gros couple. Quitte à me répéter,
c’est vrai que la RSV ferait pratiquement aussi bien; il y a juste
que ses étriers classiques à 4 pistons manquent précisément
un chouia de mordant en usage intensif.
Sur la route naturellement, on profite un peu moins de
la supériorité des suspensions, quoique les éléments
Ohlins s’entendent rudement bien à préserver le confort
tout en permettant au pilote une « lecture » extrêmement
précise du profil routier. Quant aux freins, leur relative brutalité
(quoique le terme soit un peu fort) incitera à une certaine retenue
sur les chaussées humides; mais avec un peu de doigté, la
réserve de puissance qu’ils offrent a de quoi freiner l’Enterprise
sortant d’hyperexponentielle.
Derniers détails
C’est vrai qu’en additionnant une selle respectueuse des fessiers,
des suspensions magistrales et une bulle assez efficace, on obtient finalement
une moto de course plutôt confortable et même conviviale avec
sa place passager et son rangement; Aprilia garantit aussi que son nouveau
strapontin arrière est conçu pour éviter tout glissement
vers l’avant, mais nous n’avons pas pu le vérifier.
Par contre, nous n’avons pas manqué de remarquer la commande
de klaxon placée à l’endroit habituellement dévolu
aux clignotants; et c’est très chi... de beugler chaque fois
qu’on croit indiquer sa direction! Les rétros sont toujours
indignes d’une si belle moto; et notre consommation moyenne a oscillé
entre 6,5 et 10 litres aux cent kilomètres.
Fiche technique Aprilia RSV/R 1000 - 2003
Prix en avril 03
15.500 €
Moteur
Type : 2 cyl. ; 4-T, refroid. liquide ; 8 soupapes
Cylindrée (alésage X course) : 998cc (97X67,5mm)
Puissance : 130cv à 9.500t/min
Couple : 101Nm à 7.250t/min
Alimentation : injection électronique
Boîte : 6 rapports
Transmission : chaîne
Partie-cycle
Chasse : 25°
Empattement : 1415mm
Garde au sol : 130mm
Suspension avant : fourche inversée Ohlins 43mm ; débattement
120mm; réglable en précharge, compression et détente
Suspension arrière : mono-amortisseur Ohlins; débattement
135mm ; réglable en compression, précharge, détente
et longueur
Frein avant : 2 disques 320mm ; étriers radiaux 4 pistons
Frein arrière : disque 220mm ; étrier 2 pistons
Pneu avant : 120/70X17
Pneu arrière : 190/50X17
Hauteur de selle : 820mm
Poids à sec : 187kg
Capacité réservoir : 18L (réserve : 4)
RS
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