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Aprilia RSVR et Factory 2004
(par Rudy Scohy, avril 04)
L’attrait de la nouveauté
?

Depuis leur apparition, les Aprilia
RSV avaient su prendre le dessus sur la concurrence bicylindre, et ainsi
gagner leurs lettres de noblesse. Dans le sillage des Ducati 999, il était
évident que le constructeur de Noale ne tarderait pas à
aiguiser son modèle phare
Les premières moutures de la RSV
(1999-2003) n’avaient connu que des évolutions mineures,
et l’Italienne était restée fidèle à
une plastique décalée qui ne faisait d’ailleurs pas
l’unanimité : les trois phares avant, l’imposant silencieux
et l’arrière torturé en rebutaient plus d’un.
Par contre, le caractère moteur explosif, bien qu’un peu
assagi en 2003, ravissait tous les utilisateurs, de même que les
prestations dynamiques de premier ordre, l’ergonomie permettant
à tous les gabarits de trouver harmonieusement leur place, ou encore
la fiabilité mécanique attestée.
Si la nouveauté fait en général l’unanimité
esthétique, d’aucuns stigmatisent néanmoins une ligne
plus consensuelle où la prise d’air frontale évoque
sans conteste la Honda VTR. Plus tendues et anguleuses, nous pensons que
les RSV ont gagné en agressivité ; elles s’offrent
notamment la plus belle coque arrière de la production actuelle.
La finition de l’ensemble reste ce qu’elle était et
se situe aux niveau des meilleurs standards nippons.
Hormis l’aspect visuel, les modifications
sont évidemment nombreuses sur ces nouvelles RSV désormais
baptisées « R » en standard, alors que la version haut
de gamme hérite du patronyme nobiliaire « Factory »
(Usine, en anglais). D’abord, le châssis a été
retravaillé dans le sens d’un allègement et d’un
surcroît de rigidité, laquelle ne leur faisait déjà
pas défaut. Accusant 185kg, les deux RSV pèsent donc le
poids de l’ancienne version « R », soit 14kg de moins
qu’une 999… La Ducati perd aussi le contrôle en termes
de puissance puisque le bloc Aprilia dégaîne maintenant 139cv
qui font de la RSV le plus puissant bicylindre de série. Un travail
important a également été consenti sur la position
de conduite et le recentrage des masses.
Progrès ?
Et on s’en aperçoit d’ailleurs immédiatement
: bien que les dimensions générales n’aient virtuellement
pas changé, on se positionne bien différemment sur les nouvelles
RSV. On est plus loin des bracelets qui, au passage, se sont légèrements
ouverts tandis que les pose-pieds ont reculé. La bulle, moins enveloppante
que par le passé et qui a perdu sa double courbure (un comble !),
vient confirmer que les concessions faites au confort sur les premières
générations de RSV ne sont plus de mise : la moto s’est
radicalisée et, en usage quotidien, ce n’est évidemment
pas une qualité… Quant au recentrage des masses, s’il
n’entraîne qu’une évolution timide, il amène
cependant une vivacité supplémentaire à l’avant
de la RSV; on en profite un peu en entrée de courbe et davantage
en conduite urbaine ou dans les embouteillages. Dans ces mêmes circonstances,
on perçoit aussi que le poids apparent (celui qu’on doit
maîtriser en manoeuvrant) est moins présent que sur les précédentes
RSV. Il n’empêche que c’est le moindre confort qui se
fait le plus sentir, et c’est dommage pour une sportive qui réussissait
jusque-là à être conviviale tout en étant remarquablement
efficace.
Sous la selle arrière (ou sous le dosseret, ça dépend
de vous), on pourra toujours placer un bloque-disque assorti de l’un
ou l’autre petit objet. Il y aussi de quoi arrimer des élastiques,
mais ces derniers altéreront sans rémission le vernis de
la coque arrière. Quant au passager, si tant est que vous en trouviez
un qui veuille tenter l’aventure, il disposera d’une selle
plus moelleuse que sur la plupart des chasseuses de chrono, et de pose-pieds
plus bas que la moyenne (42cm d’écart avec la selle ; à
comparer aux 37cm d’une R1 ou d’une ZX10R…) Pourtant,
à l’instar du pilote, il se plaindra en comparant les versions
2004 aux anciennes RSV : en effet, les arêtes de la coque arrière
nettement plus large qu’avant viendront presser douloureusement
ses mollets après quelques kilomètres déjà.
Même si cette dernière caractéristique est de plus
en plus courante sur les sportives, il reste évident que, de 2003
à 2004, le confort a manifestement été éjecté
du cahier des charges RSV…
A
côté de cela, l’instrumentation plus compacte reste
diablement complète (avec chrono embarqué et ordinateur
de bord) et… complexe. A tel point que les techniciens Aprilia eux-mêmes
renoncent à vous en expliquer le fonctionnement s’ils n’ont
pas le mode d’emploi sous la main. On regrette aussi que la shift
light soit restée si petite et donc, pas facile à voir dans
la sueur d’un tour chrono. Les phares avant en triangle de l’ancienne
version chassaient la nuit de manière éclatante ; les nouveaux
font au moins aussi bien et c’est à souligner pour ceux que
la nuit ne rebute pas. De leur côté, les horribles rétroviseurs
couturés ont fait place à des éléments intégrant
les clignotants ; c’est nettement mieux fini, mais pas plus efficace
qu’avant pour ce qui est de voir derrière soi. A l’arrière,
feu et indicateurs de direction (tous à diodes) sont littéralement
sculpturaux, mais leur visibilité laisse à désirer,
car on ne les voit clairement que lorsqu’on est dans l’axe
de la moto et plus ou moins à la même hauteur. Ce qui veut
dire qu’à un feu rouge par exemple, un conducteur de camion
arrêté derrière la RSV ne verrait pas fonctionner
son clignotant. Et sous le soleil, ça ne s’arrange pas. Design,
mais moyennement sécurisant…
Et ce moteur ?
Maintenant qu’il est identique dans la R et dans la Factory (une
évolution judicieuse), les deux RSV ne se distinguent plus que
par leur accastillage. Restent dès lors à l’avantage
de la version « usine » les étriers radiaux, les suspensions
intégralement signées Ohlins Racing, les jantes OZ en aluminium
forgé (25% de poids et d’inertie en moins), le revêtement
antidérapant de la selle, le cadre noir et une pléthore
de pièces en carbone qui font accéder la Factory au rang
de machine d’exception. Remarquez que ce pedigree éloquent
laisse tout de même dans l’ombre une curieuse énigme
: avec son carbone omniprésent et ses jantes allégées,
comment se peut-il que la Factory affiche le même poids que la R
? Personne n’a pu nous répondre…
Ah ce V2 Aprilia plein de caractère, qu’allait-il donner
dans ces toutes nouvelles versions ? On était en droit d’en
attendre un coffre de catcheur et une allonge de boxeur puisque le constructeur
annonce qu’il représente un tournant dans l’histoire
de la marque. Nouveaux cylindres, nouveaux arbres à cames, nouveaux
systèmes d’injection et de lubrification et on en passe ;
bref tout ce qu’il faut pour passer de 130 à 139cv et de
101 à 107Nm en valeur de couple. Avec ce que donnait déjà
l’ancien, on ne pouvait qu’escompter de celui-ci une sacrée
symphonie en force majeure…
Pourtant, outre l’inconfort, il s’agit là de la seconde
déception marquant nos tests. Déception relative dans la
mesure où le nouveau V2 à 60° est à présent
doté d’une allonge supérieure et d’une puissance
distillée régulièrement jusqu’au rupteur ;
mais déception tout de même car il est resté aussi
peu souple que par le passé et, surtout, il s’est affadi
dans les montées en régimes.
 
Comme Harpagon, le V2 Aprilia devient avare avec l’âge et
ne donne que peu de sensations. On aura beau dire que son efficacité
n’est pas en cause et que la linéarité est source
de facilité de conduite, on reste sur notre faim. Il pousse fort
régulièrement certes, mais le gros couple et le coup de
botte au train, ce ne sont pas ses trucs. Un exemple ? A 5000tm sur le
dernier rapport, on ouvre en grand et… il ne se passe rien, la machine
peine à monter jusqu’à 7000 pour se propulser plus
décemment. Ce caractère assagi, nous l’avions déjà
noté sur la version 2003, handicapée au surplus par le nouvel
étagement de sa boîte racing caractérisée par
des premiers rapports longs. Les nouvelles RSV ont conservé la
même démultiplication avec un moteur plus linéaire
; le résultat ne pouvait donc qu’être plus fade. L’allonge
du boxeur y est, mais le catcheur a fait place à un danseur classique…
Et voilà qui, plus encore qu’en 2003, oblige à jouer
du sélecteur pour rester compétitif. Sur une piste lente
et technique, ou sur parcours sinueux, c’est un réel handicap
par rapport aux 4-pattes, même les 600. Et ce n’est pas à
la pompe que vous retrouverez le sourire, parce que l’appétit
des RSV est revu à la hausse : nous n’avons jamais pu descendre
sous la barre des 7,5 litres (en respectant précautionneusement
les limitations de vitesse), mais nous sommes montés jusqu’à
12 sur circuit. Bizarrement, la Factory s’est montrée la
moins gloutonne en n’atteignant pas 11L. Toujours est-il qu’avec
14 litres hors réserve, on s’arrête un peu trop souvent.
Top châssis
L’aspect dynamique, les RSV savent le soigner depuis toujours. Et,
en l’occurrence, les améliorations reçues cette année
renforcent encore leur potentiel. Soyons justes : les nippones poids plume
gardent une coudée d’avance en termes de maniabilté
et de vivacité, mais l’écart s’est réduit.
Et puis, l’Italienne offre une rigidité et une stabilité
proches de la perfection, qui lui donnent l’avantage sur les agressives
aux yeux bridés. Il n’y a que dans les enchaînements
rapides que les 20kg supplémentaires d’une RSV (par rapport
aux sylphides Japonaises) se font sentir et vous obligent à mieux
travailler au guidon et aux pose-pieds. A cet égard, il est dommage
que l’Aprilia n’offre pas un arrière plus surélevé
pour permettre de mieux charger la roue avant. Bien que cette dernière
ne manque aucunement de précision, on « lirait » mieux
la piste si on surplombait davantage la roue. A l’arrière
rien à dire, c’est du rasoir. Et comme l’amortisseur
Sachs de la R n’a finalement pas grand-chose à envier à
l’élément Ohlins qui équipe la « Factory
», on profite dans tous les cas d’un ensemble à toute
épreuve. La stabilité des RSV fait notamment merveille et
autorise des vitesses très élevées en courbe, une
fois qu’on a assimilé leur comportement sous-vireur, d’ailleurs
plus marqué sur la factory. C’est vrai que sur la route,
la fourche de la R semble un peu ferme (l’élément
Ohlins de la Factory est impérial), mais l’efficacité
générale le fait oublier. En réalité, la seule
vraie réserve que nous émettrions en matière de comportement
dynamique concerne (air connu !) l’absence d’un amortisseur
de direction d’origine sur la R. En effet, la rigidité d’ensemble
est telle que les délestages se résolvent souvent par un
(léger) guidonnage lorsque l’avant revient sur terre. L’investissement
nous paraît indispensable pour parer à toute éventualité,
à moins que vous choisissiez la Factory, où l’élément
Ohlins vous permet d’ouvrir en toute quiétude.
Tiens,
on n’avait pas encore évoqué le freinage… Là,
Aprilia n’a pas cherché les économies puisque l’ensemble
axial signé Brembo (le « tout radial », c’est
pour la Factory) s’assortit cette année d’un splendide
maître-cylindre radial. Une RSV a toujours freiné à
vous sortir la perruque du casque, mais cette année, elle le fait
avec une finesse et un feeling tout neufs. La puissance est restée
ce qu’elle était, c’est-à-dire bien réelle,
mais l’agrément y a considérablement gagné.
Sur route, on peut vraiment freiner d’un doigt en toute décontraction.
L’endurance de son côté n’appelle pas plus de
critiques, le fading qui apparaît à la longue sur piste étant
contenu et ne grevant en rien la force de décélération.
Un détail toutefois, et valable pour les deux versions : ne comptez
pas trop sur le frein arrière ; la plupart du temps, il ne sert…
à rien. Peu de mordant, peu de feeling, il n’a pour lui que
sa progressivité. A vrai dire, les ingénieurs transalpins
auraient dû l’enlever ; on aurait gagné du poids…
Et sur la Factory, que dire ? Que tout ce qui est déjà virtuellement
parfait sur la R y est encore sublimé : aucun fading, une puissance
et une dosabilité démentielles.
Faites vos comptes
Bien qu’elle augmente de 500€ cette année, la RSVR n’est
jamais qu’au même prix que les autres 1000. Elle a pour elle
une exclusivité et une plastique toutes transalpines, un comportement
au-delà de tout reproche et un freinage avant à la maîtrise
quasi parfaite. L’écart tarifaire grandit par rapport à
la Factory qui continue néanmoins à le justifier amplement
par son équipement de très haut niveau, dont les éléments,
achetés séparément, engendreraient un surcoût
largement supérieur aux 4.000€ séparant les deux RSV.
Le réquisitoire incrimine, quant à lui, le confort en baisse,
la consommation en hausse et le caractère assagi d’un moteur
néanmoins énergique. En matière de transmissions,
on notera que l’embrayage a tendance à mollir en usage circuit,
tandis que le point mort aime trop jouer à cache-cache avec le
sélecteur, ce qui peut énerver en conduite urbaine. Sur
la Factory, l’injection avait un côté « on/off
» qui rendait délicat le passage d’une courbe sur un
filet de gaz. Cela dit, l’un de nos essayeurs qui n’avait
jamais roulé en RSV, en est descendu avec le sourire béat
de l’éphèbe dépucelé…
Fiche technique Aprilia RSVR & Factory 2004
Aprilia Mille RSVR (Factory) -
13.500€ (17.500€)
Mécanique
Moteur: 4T, 2 cylindres en V à 60°, refroidissement liquide,
Double ACT, 8 soupapes.
Cylindrée (alésage X course) : 997,62 cc (97 x 67,5 mm)
Puissance : 139cv / 9.500 tm
Couple : 107Nm / 7.500 tm (95/1/EC)
Alimentation : Injection électronique
Transmissions : 6 rapports - embrayage Multidisque en bain d’huile
- chaîne à joints toriques
Châssis
Cadre: périmétrique en aluminium
Suspension av : Fourche inversée Showa (Ohlins Racing) tubes 43
mm, entièrement réglable, débat. 120 mm
Suspension ar: Système Sachs (Ohlins Racing) entièrement
réglable avec correction d’assiette, débat. 133 mm
Frein av : Double disque flottant Brembo, 320 mm. Etriers 4 pistons (fixation
radiale)
Frein ar: Simple disque Brembo, 220 mm. Etrier double piston
Pneu av : 120/70-17
Pneu ar : 180/55-17 ou 190/50-17
Chiffres
Angle de chasse : 24,8°
Empattement : 1418mm
Hauteur sellerie : 825 mm
Poids à sec : 185 kg
Garde au sol : 136 mm
Répartition: variable suivant réglages
Réservoir: 18 litres (réserve de 4 l)
Consommations: de 7L à 12 L (7,5L à 11L)
Importateur
RAD
Landegemstraat 4 (Industriegebied)
9031 Drongen-Baarle
Tél. : 09/282.94.10
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