BMW R1200 CL - 2004

(par André PAQUAY, juin 2004)

 

Une croisière sur deux roues ?

 

Ce sont du moins les termes dans lesquels BMW promeut son vaisseau au long cours… Mais s’agit-il d'un paquebot, d'un hors-bord, d'un cargo ou d'un bac ? Ce fier navire sera-t-il le France, le Prestige voire le Titanic ?

Titanic ou Enterprise ?

Lors de la sortie du Cruiser BMW, nous avions pondu un article réellement élogieux. L'esthétique de cette machine prouvait que l'on pouvait se lancer dans l'aventure du custom sans plagier honteusement le genre américain. BMW avait réussi son exercice de style. Il en est de même avec ce nouveau modèle. Que seront les futurs customs? Eh bien probablement ressembleront-ils à ce que Béhème vient d'inventer, avec une touche européenne qui, elle aussi, pourrait se voir pillée. En ce qui concerne le côté futuriste, on ne peut qu'admirer l'audace des designers qui se sont réellement lâchés sur ce projet « transformiste ».

Croisière de luxe


L'avant est impressionnant avec ses quatre optiques croisées. Connaissez-vous beaucoup de motos à quatre phares ? Là encore, l’impression maritime est de mise, car on n’est pas loin des fanaux utilisés dans la marine. Il va sans dire que ces quatre « projos » assurent un parfait éclairage du bitume. Le pare-brise, découpé intelligemment, oblige le pilote à regarder au loin : la technique du regard par la pratique ! Le profilé bien pensé dévie le vent, et les petites bestioles qu'il charrie, juste au-dessus de la tête. De plus, en cas de pluie, la vision n'est pas obstruée par toutes les gouttes qui viendraient se coller sur un pare-brise plus imposant. Enfin, il parachève la touche futuriste de la machine. Les rétroviseurs "chromés" ont embarqué les clignos et camouflent le guidon ; bref, du 3 en 1 : c’est mieux que les poudres à lessiver ! Et comme c'est dans la finition que l'on reconnaît le luxe, le carénage est entièrement doublé sur sa face intérieure, et les grippe-genoux sont habillés du même matériau que la selle. C'est du plus bel effet certes, mais cela fait quand même beaucoup de poids sur l'avant et la maniabilité s’en ressent.

Sur les flancs, on retrouvera la ligne « coup de fouet » style Horta dans l'arrondi des formes. Les plus attentifs remarqueront les ouïes latérales dont le design vient directement des voitures de la marque. Quant à l'arrière, il nous replonge dans le classique ; les coffres restant toujours… des coffres. S'ils sont de grande capacité, on aurait apprécié que le système de fermeture des valises latérales n'empiète pas sur la possibilité d'y glisser ce qu'on désire. De plus, on ne comprend pas pourquoi la malle arrière n'est pas plus large même si, relativement haute, elle propose une contenance digne d'une cantine militaire. Déclinée en gris métal, bleu Capri métal et bleu Mojave métal, la belle sera de toute manière blindée de chrome et de rutilance depuis les coffres jusqu'au tableau de bord, d'ailleurs aussi élégant dans le néorétro que l'ensemble. On regrettera juste l'oubli –impardonnable pour une routarde !– d'une jauge à essence.

La salle des machines ne suit pas

On dira ce qu'on voudra mais le couple de renversement, c'est un truc bizarre. Passe encore qu'au démarrage le Flat Twin lance la machine un chouia de côté, on s'y habitue facilement et on arrive à l'oublier. Par contre, lorsqu'on remonte une file de voitures et que l'on veut se faire entendre en donnant un petit coup de gaz, ça peut devenir inquiétant. Même chose pour le freinage intégral. C'est bien d'y avoir pensé, mais malgré le télélever (amortisseur de plongée), en courbe, on préférera utiliser uniquement le frein arrière. Bien sûr, c'est un sacré confort et une belle sécurité pour le freinage d'urgence. De toute manière, la pédale de frein étant perfidement cachée sous l’octogénaire Flat Twin, le freinage intégral est presque une obligation pour permettre de n’utiliser que le levier.

Jusqu'ici, on n'a pas vraiment roulé alors, lançons la machine. Comme ses consœurs, elle s'amuse à vibrer à l'arrêt mais se calme une fois en mouvement ; le moteur joue sur le ralenti. Puisque ce genre d'engin n'est pas conçu pour faire le mariole de boulevard, la machine démarre avec une certaine force sans pour autant dégager les sinus. Rapidement, on passera les vitesses pour aller chercher, sur autoroute, la 6e qui sert d'overdrive. L'ensemble est d'une souplesse exceptionnelle puisque l'on peut cruiser à 1500t/min sans faire taper les pistons dans leurs gamelles.

Malheureusement, on a placé un réservoir de hors-bord sur un paquebot. Parti pour la croisière annoncée dans la publicité, le Capitaine ne pourra pas aller bien loin. C'est toutes les 200 bornes qu'il faudra penser au ravitaillement. Heureusement, la consommation est réduite (6 à 7 l/100 pour un réservoir de 17,5l). Pour décharger le commandant d'une partie des responsabilités, BMW a tout de même prévu un Cruise Control d'origine. À l'heure du respect de plus en plus drastique des limitations de vitesse, c'est parfois bien utile.

Pavillon d'accostage

En conclusion, si vous désirez réellement manger de la route tout en restant fidèle aux Bavaroises joufflues, nous vous conseillons clairement la K 1200 LT. Si vous êtes vraiment accroc aux grosses customs GT, alors optez pour l'Electra Glide Ultra Classic de Harley, car il n’y a pas plus authentique. Maintenant, si vous êtes plutôt du genre original et que vous acceptez les défauts dont certains sont imputables à la jeunesse de la machine, vous apprécierez la R 1200 CL, surtout que son prix (15.950 €) est tout à fait démocratique dans cette gamme.

BMW R1200 CL 15.950 €

Mécanique

Moteur: flat twin type boxer, refroidi par air et huile, 4 soupapes/cyl.
Cylindrée (alésage X course) : 1170 cm3 (101/73)
Puissance : 45 KW/61 ch
Couple : 98 Nm à 3000 tr/min
Alimentation : Motronic MA2,4
Transmissions : 6 rapports, embrayage monodisque à sec Δ 165 mm

Châssis

Cadre : mixte, structure AV en aluminium coulé et treillis avec moteur porteur
Suspension av : débat. 144 mm
Suspension ar : monolever BMW débat.120mm
Frein av : double disque 305mm
Frein ar : disque 285mm
Pneu av : 150/80-16
Pneu ar : 170/80-15

Chiffres

Angle de chasse : 56,5°
Empattement : 1641 mm
Hauteur sellerie : 745 mm
Poids à sec : 308 Kg
Répartition : N.C.
Réservoir : 17,5 L
Consommation moyenne : 6,2 L/100km à 120 Lm/h
Accélération : 0 à 100 km/h : 6,4 sec
Vitesse maxi : 165 Km/h

Importateur

BMW Belgium
Loderstraat, 16
2880 Bornem
Belgique
Tél.: 03/890.97.11

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