BMW F 800 S et F 800 ST
(par Raphaël Coulonvaux, janvier
2007)

Les nouvelles twin sisters BMW
En 2006, l’arrivée des sœurs
jumelles F 800 S et ST a permis à BMW de combler un vide dans sa
gamme moto, à savoir l’absence attestée de routières…
abordables, tout simplement. Entrée de gamme chez BMW, la série
“F” ne comportait jusqu’alors que des modèles
typés trails et limités par le monocylindre Rotax de 650cc.
Les deux nouvelles F sont également équipées
d’un moteur sous-traité par le consortium Bombardier/Rotax
mais cette fois, il s’agit d’un bicylindre en ligne de 800cc
calé à 360°. Ne cherchez pas de traits de famille partagés
avec les autres motos de la série F, la provenance du moteur est
bien le seul. Compte tenu du prix “serré” de ces nouvelles
venues, il semble légitime de se poser les questions suivantes
: quelles sont les conséquences des réductions de coûts
de fabrication de ces F 800 par rapport à leurs aînées
des séries K et R, sont-elles des BMW au rabais ou sont-elles,
au contraire, de véritables et authentiques BM, fidèles
à l’esprit de la marque ?
Robe longue et mini-jupe
Après
une longue période de constance et de classicisme dans les lignes
de ses modèles, suivie par l’une ou l’autre tentative
de changement (telle que la tête de fourche particulière
de la R1200 ST), BMW semble bien avoir trouvé sa voie et avoir
tiré les leçons du passé. Les derniers-nés
des millésimes 2005 et 2006 comptent d’incontestables réussites
esthétiques telles que la K1200S et la R1200S qui donnent un aspect
jeune et sportif à la marque allemande, qui en manquait cruellement.
Les F 800 S et F 800 ST s’inscrivent dans cette lignée de
nouveaux modèles au look plus jeune et dynamique. Bien que les
seules principales différences mécaniques se limitent à
la hauteur du guidon et à la fermeté des suspensions, le
plumage de ces deux oiseaux les différencie nettement et les destinera
à des clientèles et/ou des usages distincts.
La longue et sobre robe grise ou bleue de la ST, ses
jantes argentées classiques, son guidon rehaussé et sa bulle
haute collent bien au stéréotype de la moto à tendance
GT, alors que pour la F 800 S, son demi-carénage rouge ou jaune
vif, son réservoir 2 tons, ses jantes noires brillantes aux fins
bâtons disposés en spirale, sa position de conduite plus
orientée sport et sa bulle basse lui donnent un air sportif plus
affirmé.
D’autres éléments visuels communs
aux deux modèles contribuent à leur forte personnalité
: un monobras très réussi, mettant bien en valeur la jante
arrière, une large courroie assurant la transmission, un phare
double asymétrique, une trappe à carburant située
du côté droit de la selle, une légère protubérance
pyramidale séparant les deux parties de la selle et faisant en
même temps office de petit dosseret pour le pilote, la couleur noire
du cadre et du cintre arrière, la position presque centrale du
disque de frein arrière par rapport au moyeu.
Au chapitre des éléments visuels, on
regrettera l’énorme bavette du garde-boue de la ST ainsi
que l’important volume du pot d’échappement présent
sur les deux modèles et caractéristique de BMW, justifié
probablement par les normes antipollution sur lesquelles nos cousins germains
sont très à cheval.Mais oui, déchaînez-vous
! Les BMW sont traditionnellement des motos confortables et très
pratiques au quotidien, et nos deux jeunes premières ne dérogent
pas à la règle.
Voici, en sept leçons, comment BMW a opéré
pour les F 800.
La
transmission est assurée par une large courroie crantée
dont la durée de vie est estimée à 40.000km et qui
ne nécessite d’être retendue que tous les 10.000 km,
c’est-à-dire à la même fréquence que
celle des entretiens. Combien de motards se passeraient bien de devoir
lubrifier et retendre la chaîne de leur moto, particulièrement
dans le cadre d’un usage quotidien ? Tant sur la F 800 S que sur
la F 800 ST, la position de conduite est un modèle d’ergonomie
aussi bien pour un pilote de petite taille que pour un grand gabarit,
différentes hauteurs de selle étant disponibles. Seul bémol
concernant l’ergonomie destinée au pilote, les commandes
de clignotants spécifiques à BMW et qui nécessitent
une période d’adaptation.
En ce qui concerne le duo, nos deux F 800 choient particulièrement
leur passager. En effet, tous les critères de confort du passager
au rendez-vous : double poignée facilement accessible, selle large
et antidérapante et “last but not least”, des repose-pieds
qui ne donneront pas à l’élue de votre cœur une
allure de batracien, ce qu’elle appréciera d’autant
plus si elle n’a plus 20 ans. Bref, rien que du bonheur pour le
passager à l’exception de la trappe à carburant qui,
légèrement proéminente et placée à
droite de la selle, s’avère légèrement gênante.
A défaut de répartition automatique de
freinage entre l’avant et l’arrière tel que le dual
CBS de Honda, chacune des F 800 peut être pourvue de l’ABS
en option. Tradition BMW oblige, les F 800 peuvent être équipées
de poignées chauffantes également en option, bien pratiques
même à mi-saison, par exemple lorsque l’on termine
un peu tard une randonnée, équipé de gants d’été.
Le tableau de bord est très facilement lisible
et fournit un ensemble vraiment complet d’informations dont le rapport
engagé, la température ambiante, une estimation (exprimée
en kilomètres) de l’autonomie restante, la consommation moyenne,
instantanée, etc. A propos de consommation, le bicylindre Rotax
800cc à injection est un champion de l’économie de
carburant, descendant régulièrement en dessous de 5L / 100km
en usage tranquille.
Alors que ces qualités fort appréciées
des roule-toujours sont présentes sur la plupart des motos de la
gamme BMW, force est de constater qu’on ne les retrouve que sur
les rares modèles GT de la concurrence, généralement
facturés à un tarif nettement supérieur à
celui de nos F 800. La perfection n’étant pas de ce monde,
quelques petits détails pratiques font quand même défaut
sur les F 800 : elles sont dépourvues de béquille centrale
(malgré tout disponible en option sur la ST) et de rangement sous
la selle, la place étant occupée par le réservoir
d’essence.
Good vibrations
Alors que, sur papier, les 80ch du bicylindre Rotax
800cc peuvent faire pâle figure, en pratique il n’en est rien.
Bien
entendu, sur autoroute et dans les longues lignes droites, les 80ch ne
feront pas de miracle, même si nos F 800 peuvent atteindre théoriquement
le 230 km/h. Cependant, dans toutes les autres circonstances, les F 800
n’ont pas à rougir de leurs performances. En effet, le bicylindre
repart en souplesse dès 2.000 t/min en sixième, ce qui est
appréciable étant donné que la majorité des
bicylindres ont tendance à cogner en dessous de 3.000 t/min sur
le dernier rapport.
De plus, il offre un couple étonnant dès
4.000 t/min et monte ensuite vigoureusement en régime jusqu’au
rupteur situé à 9.000 t/min. A titre de comparaison, une
Honda CBF 600 S semble incroyablement creuse et anémique par rapport
à une F 800 alors qu’elle dispose d’une puissance maxi
très proche. Cela relève du goût et des couleurs,
mais on peut raisonnablement affirmer qu’à moyen régime,
un bicylindre est sensiblement plus coupleux, vivant et sensationnel qu’un
quatre-pattes de même cylindrée, malgré un déficit
de puissance significatif au régime maximum. De même, un
bicylindre émet une sonorité moins aiguë et donc en
général moins fatigante que celle d’un quatre-cylindres.
Dans le cas des F800, comme à l’accoutumée
chez BMW, le ramage des bicylindres est exagérément étouffé
par la marmite du pot d’échappement d’origine. Il en
résulte une sonorité très proche de celle des autres
bicylindres de la marque, pas très flatteuse et qui rappelle celle...
d’une 2CV !
Peu de Béhèmistes remplacent le pot d’origine
et pourtant il existe des pots carbone qui méritent d’être
connus (notamment chez le Hollandais Laser), transfigurant le bruit de
l’échappement, permettant au moteur de mieux respirer et
économisant plusieurs kilos. Autre bon point pour le bicylindre
Rotax, il est totalement dépourvu d’à-coup à
la remise des gaz, désagréable phénomène malheureusement
encore très répandu de nos jours parmi les moteurs à
injection.
Stupeur et claquements de dents
Dans l’ensemble, la boîte de vitesses des
F800 donne satisfaction bien que les paresseux du pied gauche puissent
de temps en temps rencontrer un faux point mort.
 Cependant,
il faut bien avouer que les premiers tours de roue au guidon d’une
F800 peuvent surprendre par les bruits de claquements métalliques
émis à basse vitesse lors de la remise des gaz. Cela proviendrait
de la très forte tension de la courroie qui empêcherait celle-ci
d’absorber les à-coups de transmission que, par conséquent,
la boîte de vitesses prendrait dans les dents. Espérons que
les ingénieurs de Bombardier/Rotax y remédieront prochainement.
Pas si faciles, ces jumelles !
Malgré leur taille de guêpe, leur poids
plume et leur centre de gravité abaissé par l’emplacement
du réservoir d’essence situé sous la selle, les F
800 nécessitent une certaine poigne pour être mises sur l’angle
et les y maintenir. Afin de les rendre plus faciles en virages, il serait
sans doute judicieux de recourir à des pneumatiques au profil plus
pointu que ceux d’origine (Metzeler Roadtec pour la ST et Conti
Attack pour la S), tels que des Michelin Pilot Power ou des Pirelli Diablo,
deux montes qui feront l‘affaire sur les deux versions.
En ce qui concerne les suspensions, c’est sans
doute à ce niveau que les F 800 se situent le plus en retrait par
rapport à leurs grandes sœurs qui bénéficient
des excellents systèmes Duolever (K1200) et Telelever (R1200).
En effet, si les suspensions des F 800 absorbent relativement bien les
irrégularités du revêtement en ligne droite, il n’en
est pas de même en virage. Cela explique probablement la présence
de l’amortisseur de direction de série, ce qui est peu commun
pour des motos de cette catégorie. Quant à eux, les freins
Brembo font preuve d’une puissance remarquable et ceux qui roulent
par tous les temps opteront pour l’ABS, en option et facturé
au prix de 763 euros.
Au total
Tant la routière ST, à la longue robe
sobre, que l’exubérante sportive S, aux couleurs latines,
sont des exemples d’un changement de look réussi par la vénérable
marque bavaroise.
Malgré leur partie cycle moins créative
et moins rigoureuse que celle de leurs sœurs aînées
des séries R et K, ces F 800 ne sont pas des BMW au rabais.
En dépit de leur prix un peu élevé
pour un milieu de gamme, les F 800 n’ont pas vraiment de concurrentes
en tant que motos polyvalentes et pratiques au quotidien, à l’exception
de la Honda Deauville, dans le cas de la ST.
Pour qui ces F800? Pour ceux qui vont toute l’année
au travail en deux roues, aussi pour les Béhèmistes dans
l’âme, propriétaires d’une F650 ou encore d’une
vénérable R des années 70, mais également
pour ceux qui recherchent une moto abordable, vivante, polyvalente et
qui dégage malgré tout une forte personnalité.
RC
F 800 S - 9.100 € et F 800 ST - 9.800 €
Fiche technique
Moteur
Type bicyl. parallèle, ref. par eau, 4t, 2 act, 4 soup. par cylindre
Cylindrée (al. X cse) 798 cm3 (82 x 75,6 mm)
Puissance maxi 85 ch (62,5 kw) a 8000 tr/min
Couple maxi 8,6 m.kg (86 n.m) a 5800 tr/min
Alimentation injection ø 46 mm, norme euro 3
Transmission
Boite de vitesses 6 rapports
Transmission finale par courroie crantée (34 x 80)
Partie -cycle
Frein av (étrier x pist.) 2 disques ø 320 mm (4 opp.)
Frein ar (étrier x pist.) 1 disque ø 265 mm (1 opp.)
Réservoir (réserve) 16 litres (2)
Poids a sec 204 kg (S) 209 kg (ST)
Importateur
BMW Group Belux
Lodderstraat 16
2880 BORNEM
Web: www.bmw-motorrad.be
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