|
Hétérogène

A l’instar des superproductions
cinématographiques américaines, la venue fin 2001 de la
Buell Firebolt XB9R a fait l’objet d’un tapage médiatique
peu avare de superlatifs. Que lui reste-t-il une fois passé le
fallacieux effet de la nouveauté ?
C’est que la XB9R s’annonçait comme
une moto révolutionnaire, une nouvelle référence
en termes de maniabilité grâce à sa géométrie
de moto de GP et à plusieurs innovations technologiques abaissant
le centre de gravité et réduisant les masses non suspendues
: châssis faisant office de réservoir à carburant,
bras oscillant servant de réservoir d’huile, frein à
disque avant périmétrique, …
Fin 2003, la famille XB s’agrandit à nouveau et compte désormais
deux nouvelles XB12 (R et S) survitaminées renouant avec la tradition
des velus 1200cc de la marque à l’aigle. Moto Spirit, votre
magazine vérité, a tenu à vérifier si la XB9S
était à la hauteur de ses prétentions.
Impressionnante
Avec
son gabarit hypercompact, son cadre surdimensionné, ses jantes
polies et son énorme disque de frein avant périmétrique,
la XB9S a vraiment un look à vous désorbiter les mirettes.
L’imposant bras oscillant s’inscrit dans le parfait prolongement
du cadre et accentue encore l’aspect râblé de la bête.
La boucle arrière de cadre donne l’impression de compresser
la pauvre double selle qui se fait minuscule et surplombe à peine
le moyeu de la roue ; gare aux hémorroïdes du passager éventuel
! Les différents coloris disponibles (« Sunfire Yellow »
et « Midnight Black ») sont unis et confèrent assurément
à la XB9S une certaine classe. Fort heureusement, l’horrible
boîte à air proéminente qui défigurait le côté
droit d’anciens modèles de la marque n’est plus qu’un
mauvais souvenir. Enfin, les bâtons ajourés de la roue avant
complètent le tableau de cette moto qui sort vraiment des sentiers
battus et ne laisse de marbre aucun motard digne de ce nom.
Tais-toi !
Il
est des blondes à la beauté sculpturale dont le discours
déçoit dès les premières syllabes. Malheureusement,
c’est un peu le cas des Buell XB9 R et S : après avoir trouvé
la position pour le moins originale de la clef de contact (à gauche
de la colonne de direction) et une fois mis le contact, un grincement
rauque se fait entendre. Sous l’effet du starter, le bicylindre
s’ébroue et ne peut cacher ses origines. Attention : ne jamais
rien laisser sur une Buell avant d’enclencher le démarreur
; le martèlement cyclopéen des pistons vous mettrait tout
par terre... Que les habitués de flat-twins germaniques se le disent
: il y a mieux que du teuton au firmament des vibreurs.
Autre point commun avec les Bavarois, le bruit d’échappement
peu flatteur de l’honorable 2 CV avec laquelle les Buell (et autres
Harley) partagent leur technologie de bicylindres culbutés pour
le moins éprouvée puisque datant d’avant-guerre. Cerise
sur le gâteau, à l’arrêt, le pot d’échappement
s’entête à diriger ses gaz sur le pied gauche du pilote.
Qu’à cela ne tienne, certaines blondes dont le ramage ne
vaut pas le plumage donnent d’autres satisfactions ; alors en selle
!
Lilliputienne
Ce qui frappe le plus, une fois au guidon de la XB9S, c’est cette
incroyable compacité qui en fait un vrai jouet. On y a réellement
l’impression d’être perché au-dessus de la roue
avant, à même la route tant le tableau de bord est bas dans
le champ de vision. Que les grands se le disent : sur cette Buell, ils
n’auront pas l’air malin…
La selle s’avère confortable et pas trop haute. La position
de conduite est naturelle et presque droite. De son côté,
le tableau de bord comporte deux compteurs kilométriques journaliers
ainsi qu’un compteur automatiquement activé lors du passage
à la réserve de carburant, bien utile vu la capacité
tout aussi minimaliste du bidon (14 litres).
N’ayant pas d’outil sous la main, je me vois contraint de
renoncer au réglage des rétroviseurs. En effet, le dégrossissement
de leur réglage horizontal se fait via un système d’écrou
et de contre-écrou qui ne brille ni par sa simplicité ni
par son côté pratique. Remarquez, ce n’est pas une
grande perte car leur position trop centrale les rend de toute façon
peu utiles. De plus, et nous confirmons les célèbres dires
de Brigitte Bardot, les trépidations de la machine font vibrer
les rétros au point de rendre l’image double même pour
ceux qui n’ont pas picolé. A noter que ce système
d’écrou et de contre-écrou empêche également
de rabattre rapidement les rétroviseurs en cas de parking le long
d’un mur. Une vraie réussite, quoi !
La
beauté plastique de l’arrière très compact
de la XB9S ne laisse guère d’illusion quant aux aptitudes
de celle-ci pour la balade en duo : non seulement les poignées
passager brillent par leur absence, mais la taille ridicule de la selle
du passager lui impose d’être littéralement collé
au pilote, ce qui n’est agréable que dans certaines circonstances,
il faut bien l’admettre.
Dans le même ordre d’idées, ne cherchez pas un rangement
sous la selle : il n’y en a pas.
Passons sur ces petits défauts, la XB9S n’étant pas
une GT mais bien un roadster sportif dont l’ambition avouée
est de pourrir toutes les autres motos « conventionnelles »
dans les pif-paf des routes sinueuses.
Onctueuse
Une fois en route, le bicylindre en V se révèle étonnement
souple et docile. Comparable à un flat-twin BMW (les fans d’Américaines
nous pardonneront la comparaison), il repart en souplesse dès 2.000
tr/min en cinquième.
Avec ses 84.2 ch et son couple maxi de 85.6 Nm à 5.600 tr/min,
le 1.000cc laisse le pilote sur sa faim, malgré le poids plume
(175kg) de l’engin.
Sans être poussif, le moteur d’origine Harley revu et corrigé
par Erik Buell n’offre pas la poussée franche des 1.200cc
de la marque et l’intervention prématurée du rupteur
à 7500 t/min castre les ardeurs du pilote qui chercherait vainement
un peu plus de puissance dans les tours.
Il y a fort à parier que certains des premiers propriétaires
de XB9 R ou S se sont sentis lésés lors de la mise sur le
marché des XB12 R et S, vendues quasiment au prix initial des 1.000cc.
Il est hors de doute également que l’apparition rapide des
« 12 » trahit la prise de conscience par Buell du manque de
caractère des « 9 », souvent critiqué par les
possesseurs de X1 et autres M2 de la génération précédente.
Les propriétaires de XB9 sont-ils les dindons de la farce ? Pas
entièrement en tous cas puisqu’un kit « racing »,
vendu au prix de 1.000€, est en effet disponible pour les versions
1.000cc et comble partiellement le fossé entre les deux motorisations.
Nous restons quand même persuadés que, s’ils avaient
su qu’un 1.200 arrivait, ils auraient mûrement réfléchi
avant d’opter pour la « 9 »…
De façon assez inattendue, le 1.000cc donne un sérieux
coup de pied au fessard lors du passage des trois premiers rapports ;
à condition de monter assez haut dans les tours et de relâcher
l’embrayage sèchement, on peut s’offrir de l’adrénaline
dans ces circonstances précises.
Intuitivement, ce phénomène s’explique par la présence
d’un volant d’inertie largement dimensionné qui expliquerait
l’étonnante souplesse du gros bicylindre mais qui, en contrepartie,
serait la cause de la maniabilité relative des XB9 R et S comme
nous le verrons par la suite.
A sa décharge, le 1.000cc est doté d’une injection
exemplaire dont de nombreux grands constructeurs pourraient s’inspirer
: aucun à-coup à la remise des gaz ni en roulant sur un
filet à bas régime, avec en prime une consommation ridicule
pouvant descendre à moins de 5 litres aux 100km !
Pour clore ce chapitre, mentionnons que pour pallier l’insuffisant
refroidissement par écoulement naturel d’air autour du cylindre
arrière, le moteur des Buell XB9 R et S est équipé
d’un ventilateur – système « D » efficace
mais qui ajoute au bruit déjà peu flatteur du bicylindre
celui d’une soufflerie, et cela de façon presque continue
même après seulement quelques minutes d’une utilisation
calme.
Quant à la boîte de vitesses, elle confirme malheureusement
les échos négatifs glanés à son égard
: elle s’avère radicalement lente et souffre de faux point-morts
récurrents entre le premier et le second rapport, mais aussi entre
le second et le troisième.
Pas si maniable pourtant !
Après quelques dizaines de kilomètres d’autoroute,
incité à ralentir le rythme à cause de cervicales
éprouvées par l’inefficacité de la casquette
de phare, venons-en au cœur du sujet en emmenant cette XB9S dans
son terrain de prédilection : les virolos.
Aux antipodes d’une certaine presse dithyrambique, nous devons convenir
que la belle Américaine nous a déçus.
Annoncée comme un monstre de maniabilité grâce à
une partie cycle révolutionnaire (dont un angle de chasse exceptionnel
de 21 degrés !), la XB9S n’est en fait que très moyennement
facile à basculer, malgré la monte de Dunlop D207 reconnus
pour leur profil améliorant la vivacité de la moto. Sans
être camionesque pour autant (faudrait pas exagérer non plus
!), la XB9S réclame d’être basculée avec le
buste, la seule technique du contre-braquage ne suffisant pas en l’espèce.
Comme mentionné ci-dessus, ce manque de maniabilité peut
être dû à un volant d’inertie trop important
au niveau du moteur culbuté d’origine Harley, dont l’architecture
est aussi désuète que la partie cycle de la XB9S est innovante.
En réalité, cette Buell est à ce point compacte qu’elle
se balance d’un bloc ; mais un bloc de 175kg. Elle est donc moins
facile que prévu sur fiche technique.
Par ailleurs, certains essais des XB9 R et S font état de la très
(voire trop) grande sensibilité du comportement en fonction des
réglages des suspensions – celles de notre XB9S d’essai
étaient réglées en tenant compte du poids du pilote
et adaptée à une conduite sportive sur routes conventionnelles.
Dans cette configuration, les suspensions étaient efficaces mais
fermes tout en préservant un confort acceptable. Largement surdimensionné,
le châssis de la XB9S combiné à ses dimensions très
réduite lui procure il est vrai une rigidité exceptionnelle
dont on profite à plein lorsqu’on est sur l’angle.
Côté freins, à l’avant le grand disque périmétrique
s’en sort avec les honneurs pour ce qui est du feeling et de la
puissance mais gare au verrouillage sur l’angle : il s’agit
de freiner avant d’entrer en virage, ou vous risquez de voir les
bas-côtés d’un peu trop près.
Résultat des courses
Pour répondre à la question initiale, à savoir la
XB9S est-elle la nouvelle référence en termes de maniabilité
comme le prétend le discours commercial, eh bien non, ce n’est
pas le cas.
D’autres roadsters moins ambitieux sont plus maniables malgré
leur partie cycle conventionnelle, pensons aux Honda Hornet et autres
Kawasaki Z1000.
Néanmoins, la XB9S est une magnifique moto au caractère
bien trempé et pour le moins originale par sa géométrie
hyper-compacte qui lui confère un caractère ludique attachant.
Reste à voir si la XB12S ne serait pas un choix plus judicieux
vu la faible différence de prix.
Raphaël Coulonvaux
(photos : Denis Moinil et constructeur)
Buell Lightning XB9S - 10.890€
Mécanique
Moteur: bicylindre en V à 45 degrés, 4T, refroidi par air,
culbuteurs, 2 soupapes/cyl.
Cylindrée (alésage X course) : 984cc (88,9 X 79,38mm)
Puissance : 84,2cv à 7.400t/min
Couple : 85,6Nm à 5.600t/min
Alimentation : injection électronique
Transmissions : boîte 5, embrayage hydraulique multidisque humide,
transmission finale par courroie en Kevlar
Châssis
Cadre : aluminium avec système d’isolement des vibrations
du moteur Uniplanar
Suspension av : fourche inversée Showa, débat. 120mm, triple
réglage
Suspension ar : amortisseur Showa, débat. 127mm, triple réglage
Frein av : disque flottant périmétrique en acier inoxydable
de 375mm, étrier 6 pistons
Frein ar : disque acier inoxydable 240mm, étrier flottant monopiston
Pneu av : 120/70-17
Pneu ar : 180/55-17
Chiffres
Angle de chasse : 21°
Empattement : 1320mm
Hauteur sellerie : 765mm
Poids à sec : 175kg
Répartition : av : 52%, ar : 48%
Réservoir : 14L
Consommation moyenne : 5,5L/100km
Importateur
Harley Davidson Benelux
Postbus 317
2350 AH Leiderdorp
Nederland
Tél.: 00 31 (0) 71.581.37.50
Tous
droits réservés à CYBERmotorbikes © 2003
Toutes les marques citées sont la propriété exclusive
de leurs propriétaires / auteurs
|
|