Moto Guzzi Breva 1100 ABS
(par Pierre Herrent, août 2006)

Le raffinement italien version
roadster
Repris dans le groupe Piaggio, Moto
Guzzi possède à présent les moyens pour investir
dans le développement de modèles aux normes actuelles et
bien entendu, avec ce souci du détail qui crée le charme
unique de ces italiennes
Grâce à de nouveaux moyens
financiers, de nouvelles motos telles que la Norge 1200 sont sorties des
cartons, d'autres développements ont pu avancer, comme pour la
Breva. Sans renier ses origines et ne pas décevoir les fidèles
de la marque, cette belle italienne nous revient avec un niveau de prestations
qui pourra séduire un large public. Vous aviez comme nous décelé
des similitudes avec la BMW R1150R, Moto Guzzi ne s'en cache pas et c'est
tant mieux car cela ouvre les possibilités dans le créneau
des gros roadsters.
Une grosse cylindrée...
On peut trouver amusantes et le plus
souvent bien assez puissantes les petites et moyennes cylindrées,
mais il y a une aisance que seules les grosses cylindrées possèdent.
Si vous souhaitez rouler en 850, n'essayez surtout pas la 1100, ce serait
fatal. Le 1100 est bien plus disponible dès 3.000 t/min et transforme
chaque ouverture des gaz en poussée réjouissante. Le tirage
long permet d'accélérer tranquillement alors que le surcroît
de couple propulse en avant sans effort. Monter dans les tours devient
facultatif, la poussée évolue certes encore un peu mais
c'est pour se dégourdir les jambes car il y a tout ce qu'il faut
en bas. L'allonge s'étend jusqu'à plus de 7.000 t/min pour
permettre de rester sur un rapport lors d'un dépassement par exemple,
un shift-light prévient l'entrée en service du rupteur qui
intervient sans brutalité.
La
Breva n'est pas un poids plume et ses kilos sont sensibles dans les manoeuvres,
heureusement dès que la moto roule, ils sont oubliés. Sans
être une sportive, elle peut tenir un rythme élevé
et enchaîner les courbes en prenant des angles plus que respactables,
elle se redresse d'une simple pression sur le guidon et s'engage dans
le virage suivant en faisant preuve d'un équilibre rassurant. Suivre
la trace d'une moto plus légère se fait avec décontraction
et beaucoup de plaisir. La monte d'origine fait appel aux Metzeler Roadtec
Z6 qui conviennent parfaitement à ce rythme.
... très légère
à emmener...
Le buste est homéopathiquement
basculé vers l'avant dans l'esprit d'un roadster, grâce aux
repose-pied légèrement reculés et aux poignées
du guidon placées sur deux grandes rehausses qui tombent bien sous
les mains, la position autorise une attitude dynamique sans jamais devenir
contraignante. Elle ne charge pas les mains, ne plie pas trop les jambes
et permet au dos peut rester droit.
Ce confort dynamique est relayé
par d'excellentes suspensions, réglables à l'arrière
par une simple molette, bien pratique pour configurer un duo en une seconde.
Et à l'avant par vis et écrou sur les tubes de fourche.
Ces suspensions travaillent sur un mode "douceur" et ne paraissent
jamais molles, sauf l'avant lors de gros freinages. Elles restent sereines
sur routes dégradées, royales sur routes pavées et
protègent parfaitement le dos grâce à un débattement
important du mono-bras. La fourche ne bénéficie pas d'une
technologie aussi sophistiquée que sa cousine BMW avec son 'Telelever',
mais il faut bien reconnaître que la Breva réussit à
offrir un confort tout aussi convaincant. Seul le freinage donne l'avantage
au système BMW qui ne plonge pas et ne durcit pas le guidage.
Nous préférons d'ailleurs
nous reporter sur le frein arrière qui possède une puissance
rare et plus que suffisante pour assurer la majorité des freinages,
l'assiette reste alors inchangée. Le frein avant se veut sportif
de part sa couleur dorée, la taille de ses disques copieusement
dimensionnée, il permet des arrêts puissants quelle que soit
l'allure. L'ABS installé sur ce modèle fonctionne indépendamment
à l'arrière et l'avant, il empêche efficacement les
roues de se bloquer, ce qui ajoute à la tranquillité.
... mais pas en ville
Seule ombre au tableau, une injection
qui tape dans le cardan à la coupure des gaz et à la réouverture.
La sérénité dont nous profitions se trouve perturbée
dans les enchaînements de virages lents et davantage encore en ville.
C'est d'ailleurs la portion du voyage que nous apprécions le moins
sur la Breva, même si la hauteur de selle permet de bien trouver
son équilibre lors des arrêts, elle est rendue bruyante par
son cardan, sa boite de vitesse claque sur les premiers rapports et son
embrayage à sec produit un son de casserole si peu enjoué,
le tout avec une poignée d'embrayage dure, la ville n'est pas sa
tasse de thé.
Le moteur dégage une chaleur
toujours sensible au niveau des pieds et il conviendra pour les grands
de vérifier la position du genoux par rapport au cylindre gauche,
en effet, il est saillant et chaud évidemment. Un pantalon de ville
et certainement un pantalon de pluie pourraient ne pas le supporter. Les
poignées de frein et d'embrayage s'adaptent à toutes les
mains puisqu'elles sont réglables, il y a un espace disponible
sous la grande selle mais il est compté et ne permettra pas de
se passer de valises.
Ce
roadster est taillé pour la route et embarque un tableau de bord
ultra complet fait de plusieurs cadrans entourés de cercles chromés:
un à gauche avec aiguille pour le compte-tours, un central avec
la vitesse et le niveau d'essence à droite, des voyants lumineux
en nombre et un écran digital en bas à droite avec l'ordinateur
de bord qui reprend l'heure et la température extérieure
ainsi que les indications de vitesse moyenne, maximale, consommation,
kilométrage total et partiel complète le tableau. L'ordinateur
enregistre dans les partiels 1 et 2 toutes ces informations et il se commande
depuis le commodo gauche.
Raffinement italien
L'usage des chromes est présent
et savamment dosé, pour le cerclage des cadrans du tableau de bord,
du phare avant à verre clair qui laisse voir le réflecteur
ainsi que le verre loupe du phare, les tubes de fourches et deux languettes
qui parcourent le réservoir sur toute sa longueur. Ces dernières
reflètent le paysage et le ciel dans un effet panoramique des plus
réussi. Les verres de clignotants sont clairs aussi et donnent
à la moto un air parfaitement contemporain, de même que le
frein arrière qui se signale par des leds. Seuls les rétroviseurs
semblent avoir été oubliés par la plume du designer,
ils sont en contrepartie très efficaces.
La peinture est un gris métallisé
foncé plutôt discret. La selle bicolore et composée
de deux plastiques de textures différentes, assemblés par
une couture de fil rouge. Par temps de chaleur, ce revêtement se
détend et devient inconfortable pour l'assise qui a tendance à
glisser vers l'avant.
Le moteur se la joue discret également
avec sa couleur noire, y compris pour le sabot qui atténue l'effet
de masse du bloc vertical, le radiateur d'eau présent sur la version
1100 cm3 est habillement dissimulé par le haut carénage,
de sorte que cette grande est à peine plus imposante visuellement
que la 850. Marque de fabrique oblige, les cylindre sont de couleur métallique
pour signaler leur présence et sont chapeautés par une culasse
couleur bronze, les bougies sont à présent invisibles. Les
tubes d'échappement suivent un parcours très simple vers
le catalyseur bien dissimulé sous la moto, dommage que la position
et la taille du silencieux poli ne permette pas mieux d'apprécier
la très légère jante à bâtons. La sonorité
produite est qualitative, bien grave, elle n'est pas envahissante, sauf
en pleine accélération où elle exprime la volonté
du 1100, de même que les vibrations qui apparaissent alors et disparaissent
aussitôt revenu le régime constant.
A
la fois dénudée comme un vrai roadster, la Breva distille
avec beaucoup de raffinement et un minimum d'artifices une impression
très chic et valorisante pour son propriétaire.
Cardan et béquille centrale plairont
aux rouleurs, de même que le confort de selle et les deux grandes
poignées plairont au passager. Sans une bulle, il est difficile
de tenir un 140 km/h plusieurs minutes et même un 120 km/h s'avère
exigeant pour les cervicales sur un long parcours. Le plaisir de rouler
en roadster s'exprime pleinement en dehors des autoroutes, sur routes
sinueuses où l'équilibre de cette Breva et le confort de
ses suspensions permettent de prendre un maximum de plaisir, ainsi que
des sensations grâce au couple du 1100.
Retour gagnant pour Moto Guzzi et choix
plus large pour les amateurs de beaux roadsters. Nous attendons d'essayer
la R1200R à présent...
PH
Moto Guzzi Breva 1100 ABS - 12.590 € (11.590
€ sans)
Fiche technique
Moteur
Type : bicylindre en V à 90° refroidi par air, 4t, culbute,
4 soupapes par cylindre
Cylindrée (al. X cse) : 1064 cm3 (92 x 80 mm)
Puissance maxi : 85,5 ch (63 kw) a 7 500 tr/min
Couple maxi : 8,6 m.kg (85 n.m) a 6 800 tr/min
Démarreur : électrique
Transmission
Boite de vitesses : 6 rapports
Transmission finale : par cardan
Partie-cycle
Frein AV (étrier x pist.) : 2 disques ø 320 mm (4 opp.)
Frein AR (étrier x pist.) : 1 disque ø 282 mm (2 opp.)
Réservoir (réserve) : 23 litres (4)
Consommation: 6 litres/100km
Poids à sec : 231 kg
Importateur
MOTOTRICOLORE
Lange Dreef 13b
4131 NJ VIANEN
www.mototricolore.com
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