Big ones

Il est des motos atypiques sur lesquelles la mode
et les lois du marché n’ont aucune prise. A n’en pas douter,
la Big One en fait partie. Beaucoup d’eau a coulé sous les roues
depuis la dernière version. Son retour était attendu,
son succès aussi.
Au premier coup d’œil, elle a conservé son caractère
et sa ligne typiques : dénuée de tout carénage,
allure racée, mono échappement relevé, collecteur
surdimensionné.
Avec un œil plus attentif, vous vous rendrez rapidement compte qu’un
nombre non négligeable d’éléments ont été
modifiés. Un des plus visibles est la partie arrière de
la machine. Le dosseret, plus effilé, se voit gratifié
de diodes remplaçant très avantageusement l’ancien phare,
tant au niveau esthétique qu’en termes de performance. Nous ne
nous attarderons pas sur le support de plaque, qui est un appel à
la scie, alors que celui de la 1000 restait esthétique.
Finition à revoir
Avec
sa constitution massive, ses jantes de 18 pouces et son énorme
réservoir, la CB1000 en impose et a quelque chose d’intimidant.
Il vous faut de grands bras et de longues jambes pour la mater en douceur.
D’aucuns prétendent d’ailleurs que ces mensurations de culturiste
furent la cause de son échec commercial… Plus ramassée,
la nouvelle a l’air d’une 750. Bien qu’elle s’avère moins GT
que celle de son aînée, la sellerie vous fera cependant
digérer sans encombre plusieurs centaines de kilomètres
au guidon de la 1300. L’origine de ce confort est à chercher
aussi dans la position de conduite idéale, qui ne fatigue ni
le dos ni les bras. Piloter la nouvelle Big est simplement naturel et
ne requiert nullement d’avoir de nombreuses années de pratique
à son palmarès. Au guidon, vous vous sentirez rapidement
en confiance, et quelques courbes suffiront à dominer la monture.
De par sa conception, l’aérodynamique de ce modèle
est loin d’être reposante et s’assimile à un combat permanent
contre le vent. Si jusqu’à 140–150 kms/h la force du vent reste
relativement supportable, au-delà, votre cou et vos cervicales
seront mis à rude épreuve. L’instrumentation de la 1000,
implantée plus haut, tient lieu de saute-vent mais, sur la 1300,
attendez-vous à tout ramasser. Certains diront que « cela
fait partie du charme et du caractère » de ce genre de
moto. A vous de juger. On concédera néanmoins que, dans
le genre, une Yamaha XJR et une Ducati Mostro se montrent encore plus
exigeantes.
S’agissant
des compteurs, un vent de modernisme a soufflé sur la 1300. Soyons
francs, le bloc nous laisse néanmoins sur notre faim. Si le tachymètre
et le compte-tours restent dans une version « aiguille »,
les autres indicateurs sont passés à l’ère digitale.
La nouvelle Big One est équipée d’un ordinateur de bord
offrant de multiples fonctions. Il y a cependant un bémol : avant
de les exploiter, prévoyez une année scolaire pour étudier
le mode d’emploi, car l’utilisation de cet ordinateur de bord est tout
sauf intuitive ! Dommage, cela partait très certainement d’un
bon sentiment… Ceci dit, la plus grosse déception au niveau de
l’instrumentation est sans nul doute sa finition : pauvre, très
pauvre, trop pauvre. D’autant plus quand on compare avec la 1000, dont
la plaque en aluminium brossé évoquait une série
limitée.
La même remarque est d’application pour le phare
avant : où sont passés les chromes ? Profitons du passage
sur le phare pour signaler que son rendement est relativement faible.
Cherchons l’origine de ce problème dans sa conception ancienne.
C’est bien évidemment d’autant plus marquant si vous avez l’habitude
de rouler sur des motos aux optiques up to date.
Il n’y a pas à dire, la 1300 assure nettement
moins au rayon finition. Un dernier exemple pour illustrer cette problématique:
le collecteur d’échappement. D’apparence et de taille similaires,
les tubes de la 1000, même après plusieurs hivers, présentent
toujours des chromes brillants et irréprochables. A l’inverse,
sur la 1300, on pense plutôt à de la plomberie usagée
: gagner du poids c’est bien mais, sur un roadster, nous pensons que
l’esthétique doit prédominer.
En action
Passons
aux entrailles du monstre et à ce qu’elles ont à nous
raconter. Contact. Les aiguilles s’affolent, les injecteurs, nouveauté
de la 1300, rentrent en action, démarreur … et la bête
entame ses vocalises. N’oubliez pas, si nécessaire, bien que
le moteur soit piloté par le programme d’injection PGM-FI, d’actionner
le choke à tirette qui se situe juste derrière le radiateur.
Agréable surprise : du plus profond de ses 4 cylindres, la machine
laisse sortir un son rauque des plus chaleureux, soigneusement orchestré
par l’énorme pot latéral.
S’alignant sur les tendances initiées par ses
concurrents, Honda a revu à la hausse la cylindrée de
la Big One: 1300 cc remplacent le 1000 (plus précisément
1.284 cm3 en lieu et place de 998 cm3) et sa puissance est montée
à 116cv (anciennement 98cv). Elle reste relativement brutale
à bas régimes, que ce soit à la coupure ou à
la remise des gaz. On retrouve bien là son trait de caractère
typique, cette caractéristique déjà présente
sur la version antérieure. L’introduction de l’injection n’a
pas remédié à ce problème, que du contraire.
Une conduite en ville peut donc s’avérer relativement inconfortable
si vous restez dans la partie inférieure du compte-tours.
Une
des évolutions majeures de la 1300 se situe au niveau du couple.
Il est présent (évidemment plus que sur la 1000) et agréable
dès les bas régimes. Un filet de gaz suffit à relancer
la machine. Il commence à réellement entrer en action
dans la zone des 3000 à 4000 tours. Le moteur reste d’une grande
linéarité tout au long de son utilisation, ce qui le rend
facilement exploitable. N’attendez pas la grosse accélération
qui arrache les bras, elle ne vient malheureusement pas ; d’autant que
le moteur a une rapide tendance à s’essouffler au-delà
des 7000 tours. On notera qu’au chrono, la différence n’est pas
énorme entre les deux Big : 11,7s au 400m DA pour la 1000 contre
11,3 chez sa cadette.
En comparaison, la défunte X11 et sa puissance
supérieure, rendent la conduite plus captivante. Il en va de
même pour la Kawa ZXR1200 (plus explosive dans les tours) ou la
Suzuki GSX 1400 (plus arracheuse de bras grâce à son couple
encore supérieur).
Cependant,
l’utilisation globale du moteur reste très confortable quel que
soit le contexte. Mais ne vous y trompez pas, malgré ses airs
lourdauds (224 Kg à sec) et son aérodynamique de casserole,
la CB1300 vous procurera de vraies sensations. Ces sensations ont un
prix : 8,22L/100km. En tenant compte des éléments poids
et aérodynamique ainsi que du train soutenu adopté durant
cet essai, il n’y a pas de quoi crier au scandale. Même à
ce rythme, vous atteindrez facilement le cap des 250 kms d’autonomie.
Le moteur travaille en harmonie avec une boîte de vitesses souple
et précise. Le passage des rapports s’effectue avec aisance et
précision grâce à un duo embrayage / sélecteur
des plus efficaces. Pour le détail, notons la très belle
finition de ce dernier.
Relevons en passant que l’encombrement du moteur est
plus conséquent que sur la 1000. Si vous êtes d’un gabarit
imposant, prenez garde de ne pas vous brûler les mollets sur les
carters protubérants, lesquels pourraient aussi consumer quelques
pantalons de pluie.
Pot de colle
De
son côté, le système de freinage a été
complètement repensé : équipé d’un double
disque à l’avant (? 310mmm – étriers 4 pistons) et d’un
simple disque à l’arrière (? 256 mm – étrier 2
pistons), il est devenu irréprochable. L’équilibre de
freinage avant/arrière s’obtient naturellement, assurant ainsi
une décélération des plus efficaces. Pour obtenir
un tel résultat, le système peut s’appuyer les yeux fermés
sur les suspensions. La fourche avant (télescopique de 43 mm
- débattement 120 mm), est ferme et précise. Elle assure
une stabilité parfaite et maintient la trajectoire choisie. La
combinaison freins – suspensions fonctionne à merveille et ce,
quel que soit le type de revêtement, fût-il sautillant (c’est
malheureusement de plus en plus le cas sur nos routes) et confère
à la moto un sentiment global de sécurité, un vrai
régal. Un léger regret cependant : le train arrière
à une tendance à dribbler lors des freinages appuyés
et, en conduite très sportive, il arrive que l’hydraulique de
la fourche atteigne ses limites. Elle se manifeste alors par des amorces
de guidonnages sur les revêtements dégradés.
Enfin, et c’est trop rare pour ne pas y insister, la 1300 est dotée
d’un royal espace de rangement situé sous la selle.
Les progrès significatifs réalisés
(moteur, suspensions ou freins) font de la 1300 une réussite
globale. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher d’avoir quelques
regrets par rapport aux soins apportés par Honda à la
finition générale. Si la 1000 avait une finition impeccable,
force est de constater que ce n’est plus le cas sur la 1300. Honda laisserait-il
dériver la Big One vers le créneau des streetbikes ?
Bon allez, elle est bien cette 1300 ; seulement, la vraie
Big One, c’est l’autre !
Alain Collard
(photos: Nicolas SCHIMPFESSEL)
HONDA CB1300 - 10.300,00€*
Mécanique
Moteur: 4 cylindres en ligne, 4 temps, double ACT, 16 soupapes, à
refroidissement liquide
Cylindrée (alésage X course) : 1.284cc (78 x 67,2 mm)
Puissance : 85 kW (116cv) à 7.500 t/m (95/1/EC)
Couple : 117 Nm à 6.000 t/m (95/1/EC)
Alimentation : Injection électronique PGM-FI
Transmissions : 5 rapports - Chaîne #530, 114 maillons
Châssis
Cadre:
Suspension av : Fourche télescopique à cartouche de 43
mm, réglable en précharge et détente, débat.
120 mm
Suspension ar: Double amortisseur conventionnel réglable en précharge
et détente, débat. 116 mm
Frein av : Double disque 310 mm x 5 mm avec étriers 4 pistons
et plaquettes métal fritté
Frein ar: Simple disque 256 mm x 6 mm avec étrier simple piston
et plaquettes métal fritté
Pneu av : 120/70 ZR17 (58W)
Pneu ar : 180/55 ZR17 (73W)
Chiffres
Angle de chasse : 27°
Empattement : 1.515 mm
Hauteur sellerie : 790 mm
Poids à sec : 224 kg
Garde au sol : 135 mm
Répartition: NC
Réservoir: 21 litres dont 4 litres de réserve
Consommation moyenne : 8.22L/100
Importateur
Honda Belgium
Wijngaardveld 1
9300 Aalst, Belgique
Tél : 053/72.51.11
e-Mail: cco@honda-eu.com
http://www.honda.be/fr/mc/index.html
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