Suzuki TL1000S 1997
(par Rudy SCOHY)
Dans le clan des " Ducatophobes ",
Yamaha avait montré la voie lan dernier avec la TRX850. Mais
cette dernière, manquant de puissance et de caractère, navait
pas le potentiel suffisant pour inquiéter réellement les
Transalpines. Avec la TL, par contre, Suzuki fait tonner lartillerie
lourde.
Succès de foule et pourtant
Rien de tel quune
terrasse de café sous le soleil pour apprécier limpact
dune machine neuve sur le grand public. A cet égard, les
designers du troisième constructeur mondial nont pas raté
leur cible : lesthétique du gros V-twin est unanimement
appréciée. Tandis que le quidam se borne à la trouver
belle, le connaisseur souligne que la TL1000S a le bon goût de se
démarquer clairement dune Ducati par ses traits plus fluides
et sa face dinsecte. Malheureusement, à y regarder de plus
près, la finition appelle de nettes réserves. Les soudures,
très apparentes, sont bâclées et viennent ternir un
cadre qui constitue pourtant une superbe pièce de fonderie. Dans
la même veine, les autocollants ne sont pas vernis et nous en avons
vu un senvoler sous leffet dun nettoyeur à haute
pression
Quant à la ligne déchappement, en métal
peint, elle risque de mal résister au temps ; où sont
donc les chromes noirs dantan ? Eh oui, raboter les coûts
de production comme Suzuki sait le faire suppose quelques concessions.
A côté de cela, le (faux) carbone des prises dair et
du tableau de bord est du plus bel effet et on goûte pleinement
la touche high tech conférée par les cadrans digitaux (température
moteur et totalisateurs kilométriques). Le constructeur a manifestement
préféré investir dans les options technologiques
que dans la finition. Car il ne faudrait pas oublier que la TL offre un
système dinjection perfectionné, une distribution
mixte chaîne et pignons ainsi quune suspension arrière
novatrice.
Le supplice japonais
A nous les grands espaces et les sensations
haut de gamme
une fois que nous aurons quitté la ville, car
ce nest pas le terrain de jeu favori de notre monture ni de son
pilote. Disons-le tout net : au guidon dune TL1000S, le milieu
urbain tient de la torture pure et simple : appui sur les poignets,
commandes reculées, dureté générale, tout
concourt à vous rendre la vie inconfortable. Sans compter que les
galbes du réservoir sont une menace constante pour votre virilité ;
je me rappelle quelques bosses et freinages qui mont fait regretter
de ne pas avoir assuré cette partie de mon anatomie ! Naturellement,
tout sarrange dès que lallure augmente car lappui
diminue et la bulle, à défaut de protéger vraiment,
canalise uniformément les flux dair autour dun pilote
soulagé.
La vérité est
ailleurs
Ce nest que lorsquon
peut ouvrir les gaz quon fait la connaissance de la grosse Suzie :
là apparaît toute lexubérance de son formidable
moteur. Avec sa réelle souplesse et son couple de gros calibre,
elle est une mine inépuisable de sensations. Elle vous étire
les bras tout en arrachant les pavés ; elle vous fait redécouvrir
le charme dun vrai moteur de caractère. Dautant quavec
ses 125cv et son injection bien pensée, ce moulin ne craint personne
au plan des performances ; les 250km/h sont allègrement atteints
(et dépassés) et les reprises sont évidemment de
très haut niveau (400m départ arrêté en 11
secondes). Même un ducatiste ne serait pas déçu par
une telle motorisation. Dérouté, il le serait sûrement
par labsence de vibrations (sauf vers 7000tours) et surtout par
la sonorité des échappements nippons qui na rien à
voir avec celle de ses homologues italiens. Trop discrète, trop
feutrée sur ce plan la Japonaise, et ça déçoit
loreille de son conducteur.
Bonne surprise, les
suspensions se montrent plutôt confortables
si on noublie
pas quon est sur une sportive. On notera cependant quelles
se révèlent sèches en détente, ce que déplore
le passager qui subit dincessants coups de raquette sur les revêtements
tourmentés.
De la conduite au pilotage
Sur circuit (celui de Lezennes,
près de Lille), la TL se montra vive et précise, tout au
plus pouvait-on noter quavec 12000 bornes au compteur, la fourche
de notre machine dessai commençait à ramollir. Cétait
surtout sensible sur les gros freinages sans quil y ait de quoi
fouetter un chat. Des freinages puissants et progressifs, secondés
par un arrière qui tient plutôt le rôle de ralentisseur-équilibreur.
Nous quittions donc la piste ravis du potentiel témoigné
par la TL. Cest sur route, quand ce nest plus du billard,
que le tableau se ternit quelque peu. Sous leffet conjugué
du faible poids, de lempattement réduit et de la puissance
coupleuse, la Suzuki déleste facilement son train avant, laissant
la porte ouverte à de solides guidonnages dès quapparaissent
des inégalités de terrain. Piégeux ça, quand
on ne sy attend pas ! Dailleurs, Suzuki a décidé
de rappeler toutes les TL1000 vendues pour les nantir dun amortisseur
de direction monté transversalement, comme sur une Ducati 916.
Toute moto sportive devrait dailleurs en recevoir un dorigine,
on ne le répétera jamais assez.
Cet avant très (trop ?)
vif, ne fait pas de la TL une moto dangereuse mais exigeante, surtout
si on lemmène dans ses derniers retranchements : lhomme
sage est celui qui connaît ses limites. Peut-être conviendrait-il
détudier lincidence du procédé de suspension
arrière rotative sur le comportement dynamique de la machine.
Retour à la base
Malheureusement, essayer une moto,
cest aussi un travail à part entière et ceux dentre
vous qui nous imaginent scotchés au guidon doivent revoir leur
copie : on passe (au moins) autant de temps derrière un clavier.
Donc, sur le chemin du retour je mavise quil serait temps
de prêter attention aux transmissions. Suzuki a opté pour
un embrayage par câble qui nest pas un modèle de progressivité
et est donc délicat à doser : on a intérêt
à le faire cirer pour bien démarrer ; cest lambiance
course, quoi ! La boîte par contre est parfaite car elle est
douce, précise et étagée en vue dune utilisation
sportive. Tiens, il serait temps de faire le plein et de mesurer la consommation
à votre intention. Là ça craint un peu, la TL1000S
descend difficilement sous les 10L/100km, quon soit calme ou quon
dévisse la poignée ; et comme elle nemporte que
17L dans son réservoir, ça vous oblige à vous arrêter
un peu trop souvent. Si la belle vous aguiche, sachez encore quun
gros bicylindre réclame un entretien plus pointilleux quun
quatre-pattes.
Alors ?
La TL est une belle moto pleine
de personnalité, dotée dun moteur fabuleux, dun
freinage efficace et dun prix raisonnable. Elle a les défauts
dune sportive radicale (demande-t-on à une Ferrari dêtre
confortable ?) et les quelques réserves émises quant
à son comportement dynamiques sestomperont avec ladoption
dun amortisseur de direction. Pour nous, elle constitue néanmoins
une réussite incontestable.

Fiche technique Suzuki TL1000S
1997
Prix
399.900 Francs belges
Moteur
Type : V-twin, 4 temps, refroidi par eau, 4 soupapes/cylindre
Cylindrée (alésage
X course) : 997cc
(89 X 66 mm)
Puissance : 125cv
à 8500t/min
Couple : 103 Nm à 8000t/min
Alimentation : injection
électronique en deux phases
Boîte : 6 rapports
Transmission : chaîne
Partie-cycle
Chasse : 24°
Empattement : 1405mm
Garde au sol :140mm
Suspension avant : fourche
inversée ; débattement 120mm
Suspension arrière :
mono-amortisseur décentré ;
débattement 128mm
Frein avant : 2 disques 320mm ; étriers 4 pistons
Frein arrière : disque 220mm ; étrier 2 pistons
Pneu avant : 120/70
ZR 17
Pneu arrière :
190/50 ZR 17
Hauteur de selle : 835mm
Poids à sec : 187kg
Capacité réservoir :
17L
RS
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