Lors de sa sortie en 1997, la TL 1000 S avait défrayé maintes chroniques parce quelle était accusée dinstabilité générale et de guidonnages. Beaucoup attendaient donc la version racing au tournant. Mais quon ne sy trompe pas : la TL 1000 R est authentiquement une nouvelle moto, et il convient donc de lui rendre justice. Une copie revue et soigneusement corrigée On sait que Suzuki avait rappelé toutes les TL/S pour leur adjoindre un amortisseur de direction qui atténuait nettement linstabilité du train avant évoquée plus haut. On retrouve cet élément sur la R, mais en moins dur pour ne pas grever la manoeuvrabilité à basse vitesse. Certains incriminaient aussi lamortisseur arrière rotatif et décentré qui nous avait satisfaits, soit dit en passant- ; sur la superbike, il est aujourdhui doté dun dispositif visant à compenser les variations de fluidité de lhuile suivant la température. De plus, ses réglages de détente et damortissement sont désormais facilement accessibles et un simple tournevis suffit à les modifier. Pour gagner en rigidité, la R troque aussi le cadre treillis " italianisant " pour une poutre périmétrique qui inspire le respect. Par ailleurs, le bras oscillant est renforcé pour plus de rigidité tandis que lempattement et langle de chasse diminuent pour plus de vivacité. Toujours au rayon de la partie cycle, on note le passage à des étriers à 6 pistons, au lieu de 4 sur la S. Le plus puissant V-twin du marché Eh oui, que les amateurs de belles Italiennes ne nous en veuillent pas, mais avec ses 135cv, la TL 1000 R constitue bien le top des bicylindres puisquune Ducati 996 SPS en offre 123, et que lAprilia RSV 1000 culmine à 128. Le tout pour des poids à sec voisins. Ce moteur aussi a fait lobjet des soins attentifs des ingénieurs nippons : il gagne dix chevaux et son couple maximal, qui augmente, se situe également 500 tours plus bas (106Nm à 7500t/min). Le résultat est bluffant parce que ce moteur-là décoiffe copieusement jusquà 7000 tours pour arracher carrément jusquen zone rouge (11000 tours). Si lon excepte quil se montre un peu paresseux sous les 2500 tours, on obtient un moteur franchement réjouissant et moins brutal que sur la S. Ajoutez-y la maîtrise de linjection affichée par le troisième constructeur mondial et vous obtenez des consommations moyennes nettement plus raisonnables. Alors que la première mouture de la S, que nous avions essayée, engouffrait près de 10 litres aux cent, " notre " TL 1000 R sest contentée de valeurs allant de 7,3 à 9,5 litres en usage intensif sur piste. A propos, Suzuki annonce 270km/h en pointe (ce qui place la TLR à égalité avec une 996 SPS) et nous serions enclins à y croire puisque nous avons emmené lengin jusquà 285km/h au compteur Et quelle gueule ! Unanimement, lesthétique de la TL 1000 R est appréciée. Regardez un peu ce profil avant : plus acéré, ça nexiste pas. Dautant que toutes les lignes convergent rageusement vers la roue, avec un arrière encore surélevé par le dosseret de selle aérodynamique qui sintègre parfaitement à la silhouette générale. Il est regrettable toutefois quil faille choisir entre ledit dosseret et la selle passager : pas question demmener quelquun à limproviste à moins que vous ne trimballiez la seconde selle dans votre sac à dos. En tous cas, si lesthétique de la R vous laisse perplexe (le travail en soufflerie peut surprendre, comme sur lHayabusa), dites-vous bien quelle appartient au club fermé des motos quon ne confond pas avec dautres et ça, cest une qualité. Bon, cela dit, on naimait tout de même pas trop le support de plaque vachement tourmenté et les pots volumineux et un peu cheap malgré laluminium. En fait, ce quon peut surtout reprocher aux silencieux Suzuki, cest de trop bien mériter leur nom : rien à voir avec une symphonie transalpine ; à faible allure, la TL/R fait un bruit assimilable à celui dune petite cylindrée. Dommage. Quant à léventuelle passagère, elle devra éviter les talons sous peine de les voir fondre sur les pots et elle déplorera un revêtement de siège assez glissant. En selle " Le supplice japonais ", cest en ces termes peu flatteurs que nous parlions de la TL/S. Bonne nouvelle : globalement, la R fait mieux avec deux selles raisonnablement moelleuses et des suspensions pas trop fermes malgré une détente un peu vive. Naturellement, lappui sur les poignets reste très prononcé en raison des bracelets fixés sur les tubes de fourche ; ce qui vous fera regretter chaque séance dembouteillage, dautant que le bestiau est très rigide, mais pas spécialement maniable. Heureusement la position, quoique typée, nest pas trop extrême : les jambes sont raisonnablement écartées et relevées, même pour les grands. La TL/R est une vraie hyper-sportive, il ne faut donc pas en attendre quelle soit confortable. Disons quelle pare à lessentiel mais quon aurait tout de même apprécié une protection au vent plus marquée. A lusage, on apprécie beaucoup le logement prévu sous le dosseret arrière : on peut y ranger un " U " de taille moyenne et divers objets. Bien vu. De même, des crochets sont prévus mais feront frotter les élastiques sur la coque arrière. Ce qui ne manquera pas de rayer les décos puisquelles ne sont toujours pas vernies. La dynamique : que justice soit rendue Nous navons que du bien à dire du freinage et des transmissions, à lexception notoire de lembrayage qui manque trop de progressivité pour être apprécié. A linverse, la poignée daccélérateur est dune suavité étonnante. La boîte, de son côté, est un modèle de douceur et de précision. En ce qui a trait au freinage, la puissance nest pas sa caractéristique première (bien quelle soit conséquente) ; il sagirait plutôt de la dosabilité. Très progressifs, les deux étriers à 6 pistons vous facilitent la vie. En outre, le levier réglable sur 6 positions permet à chacun de trouver le feeling idéal. Par contre, le disque arrière demande un gros effort à la pédale pour un résultat somme toute décevant ; voyons-le comme un simple équilibreur sur les gros freinages. Dans la foulée des critiques suscitées par la TL/S, daucuns
ne se sont pas fait faute de clouer également la R au pilori en
lui reprochant un manque de stabilité. Soyons clairs : en
usage routier, la TL 1000 R est absolument irréprochable.
Nous ne sommes dailleurs pas les seuls à le dire. Par contre,
on lui reproche couramment des balayages brutaux de la roue arrière
sur les freinages appuyés et le flou engendré par son amortisseur
rotatif. Effectivement, ces phénomènes apparaissent sur
circuit. Mais il faut préciser que les décrochages de la
roue arrière sur les freinages " limites "
en usage piste sont le partage de toutes les grosses sportives à
des degrés divers. Rien détonnant sur ce point, donc.
Pour ce qui a trait aux réactions déroutantes du train arrière,
nous les avons remarquées dans un cas de figure très précis :
sur les changements dangle à la réaccélération.
Larrière semble hésiter sur la direction à
adopter, et il en résulte un flou qui élargit votre trajectoire.
Cela surprend et on compense le phénomène en décomposant
sa manuvre et en retardant la remise des gaz. Mais, certes, cest
un comportement dont une superbike ne devrait pas souffrir. Cela dit,
il faut répéter que nous ne lavons remarqué
que sur circuit. Et la piste nest pas forcément le genre
dendroit que Epilogue On a peu ou prou limpression quon veut charger la TL 1000 R des maux qui agitèrent le lancement de la S. Mais, ce serait oublier tout le travail accompli pour transformer une routière à tendance sportive en superbike. La R est une splendide moto, au moteur particulièrement attachant et au comportement très sain en usage normal. Sur une piste, voire en kamikaze sur route, elle demande seulement un pilotage propre et fluide. Disons quil sagit dune machine qui se destine à un public de motards aguerris. Mais après tout, elle nest pas la seule grosse sportive à ne pas trop tolérer les erreurs dappréciation de son pilote. Fiche technique Suzuki TL 1000 R 1999 Prix 434.900 Francs belges Moteur Type : 4-T ; V-twin Cylindrée (alésage X course) : 996cc (98X66mm) Puissance : 135cv à 9500t/min Couple : 106Nm à 7500t/min Alimentation : injection électronique à double phase Boîte : 6 rapports Transmission : chaîne Partie-cycle Chasse : 23° Empattement : 1405mm Garde au sol : 130mm Suspension avant : fourche inversée triple réglage ; débattement 115mm Suspension arrière : mono-amortisseur rotatif et décentré triple réglage; débattement 125mm Frein avant : 2 disques 320mm ; étriers 6 pistons Frein arrière : disque 220mm ; étrier 2 pistons Pneu avant : 120/70x17 Pneu arrière : 190/50x17 Hauteur de selle : 815mm Poids à sec : 197kg Capacité réservoir : 17L RS
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