Suzuki 2001

(par Rudy SCOHY, février 2001)

 

Sacré voyou!

Depuis son apparition en 1996, le gros Bandit a trusté les succès commerciaux grâce à son moteur réjouissant et à son prix serré. Suzuki n'avait donc aucune raison de chambouler sa copie. Voyons donc ce que les Japonais entendent par modifier sans changer. 

De toute manière, il ne fallait pas s'attendre à une refonte en profondeur. D'abord parce que cela ne se justifiait pas forcément ("on ne change pas une équipe qui gagne.") et puis parce que c'eût été courir le risque de voir grimper les tarifs. On reconnaît donc ce voyou-là au premier coup d'oil: pas vraiment beau, mais avec quelque chose de teigneux dans la gueule qui lui donne son caractère.

Son cour est toujours un héritage de la GSXR 1100 de 1988, mais 116 modifications de détail y ont été apportées eu égard à l'ancien modèle. Pour les curieux, en voici une liste non exhaustive:

  • nouveaux carburateurs, des Mikuni BST 36, équipés du système TPS (throttle position sensor);
  • radiateur d'huile nettement plus large (+75mm) et d'ailleurs plus esthétique;
  • timing d'allumage reconsidéré;
  • nouvel arbre à cames d'échappement;
  • embrayage renforcé;
  • adoption d'un système d'injection d'air dans l'échappement;
  • etc.

Pour le reste, notez que l'essentiel se cantonne à un empattement et à un angle de chasse réduits, à une hauteur de selle moindre, à un litre supplémentaire dans le bidon, à des suspensions aux tarages revus et, last but not least, au passage à des étriers 6 pistons. Tiens, j'allais oublier un tableau de bord plus complet (2 trips et une montre, mais pas de température moteur) et qui, ma foi, présente rudement bien.

 En cavale

Une fois qu'on a enlevé son U qui, soit dit en passant, prendra place sous la selle (même les grands modèles!), on déplore que manouvrer la béquille centrale exige des qualités athlétiques. Quant à la selle et au guidon, ils ont beau être descendus, sans voir le bloc instruments, on jurerait s'être assis sur le modèle précédent. Remarquez que cela n'a rien de gênant puisque la position est naturelle et confortable. Contact: c'est bien la respiration d'un Bandit, feutrée et néanmoins costaude. On enroule les premiers kilomètres, et on se rend compte que ce moulin-là refuse obstinément de chauffer; pas question de repousser le choke trop vite car, même après 10 bornes, le voyou tousse et s'arrête. Bah, c'était peut-être seulement dû aux conditions hivernales de notre essai, lesquelles ne favorisaient certes pas une montée rapide en température.

Alors, mon cochon, t'as quoi dans ton buffet mécanique?

De la souplesse, du coffre à revendre et un souffle qui ne faiblit jamais jusqu'à 11.500t/min (bien que la zone rouge débute à 11.000). Y a pas: bon sang ne peut mentir et la Bandit 1200 nous régale toujours de sa patate légendaire, d'ailleurs partagée par la GSX 1200. Disons cependant qu'elle aurait peut-être (j'insiste sur le conditionnel) perdu un peu de hargne dans les moyens régimes. Bien qu'elle envoie de l'air avec un sacré entrain de 3000 à 7000t/min, elle n'a pas la poussée éléphantesque d'une XJR. Ceci dit, pas de malaise car, passé ce cap, la Bandit continue à méchamment escalader le compte-tours alors que la Yam le fait plus laborieusement. Donc, ce moulin reste la réussite incontestable qu'il est depuis le début: au guidon de la Bandit, pas besoin d'affoler les bielles pour se faire plaisir, pas besoin non plus de risquer son permis pour avoir des sensations. Et c'est très bien ainsi.  

Hors-la-voie?

Sacrifiant à un rituel pompeux, je constate que la moyenne de consommation est en baisse par rapport à la précédente version: on se contente cette fois de 7,5 litres aux cent. Allez, un peu d'arsouille pour voir comment bouge notre Bandit préféré. Sur des tronçons bien revêtus, le bougre me bluffe carrément: on ne retrouve plus ici le côté approximatif de l'ancienne 1200; la maniabilité est en net progrès (merci l'empattement et la chasse réduits), la stabilité (je dirais presque la rigidité) n'appelle aucune critique et le freinage fait merveille si, du moins, on a soin d'empoigner le levier avec une vigueur toute virile. Disons qu'une menue menotte féminine pourrait avoir l'impression que ça manque de mordant, mais ce n'est pas le cas. Le frein arrière? Ben, faites comme s'il n'était pas là: pour bloquer la roue arrière, faut vraiment mettre le paquet. Un petit mot des transmissions: tout passe comme dans de l'ouate, RAS.

Bref, le nouveau setting des suspensions est fort judicieux, même si les routards peuvent regretter le durcissement de l'ensemble qui impose un confort moins soft. Et, à propos de confort, on notera qu'il ne faut pas compter sur l'illusoire protection des instruments: la 1200 N est une vraie basique (devrais-je dire une vraie moto?) et les frileux n'ont qu'à lorgner du côté de la S, même si personnellement je la trouve moins pure d'aspect. Notons aussi que le passager ne se plaint de rien aussi longtemps qu'il n'a pas constaté que, par temps de pluie, le garde-boue ne l'empêche pas d'être repeint.

Bon. Donc, sur du billard, ce Bandit est un champion de snooker. Mais, sachant que les gros roadsters ne sont pas toujours très droits dans leurs tubes de fourche, je décide d'emmener celui-ci faire un tour sur le tracé roulant mais cahoteux joignant Braine-le-Comte à Nivelles. C'est la route idéale pour étalonner le travail des suspensions. Dans ces conditions, la Bandit 1200 perd indéniablement de sa superbe: la fourche pompe sur les bosses (malgré une précontrainte ferme) et vous oblige à visiter les registres musclés de votre pilotage; en revanche, l'amortisseur arrière fait du très bon travail. Soyons justes cependant, la N reste parfaitement saine et prévisible; de sorte qu'on peut dire que les progrès sont tangibles, en matière de partie-cycle, si l'on se réfère aux millésimes précédents. Ce n'est pas une GSXR, évidemment, mais je la placerais néanmoins en haut du classement des basiques, à égalité avec l'excellente Kawa ZRX, juste derrière les roadsters BMW et la Honda X-11.

Ah, la Bandit 1200 n'est pas la meilleure de toutes? Ben non, mais si vous consultez les tarifs des derniers concurrents cités, vous verrez que le propriétaire d'une Bandit a largement de quoi se consoler.

Fiche technique Suzuki 1200 Bandit - 2001

Prix

339.900 Francs belges

Moteur

Type : 4 cyl. ; 4-T, refroid. Air/huile ; 16 soupapes

Cylindrée (alésage X course) : 1157cc (79X59mm)

Puissance : 98cv à 8500t/min

Couple : 9,5 mkg à 6500t/min

Alimentation : 4 carbus de 36mm

Boîte : 5 rapports

Transmission : chaîne

Partie-cycle

Chasse : 25,3°

Empattement : 1430mm

Garde au sol : 130mm

Suspension avant : fourche téléhydraulique 43mm régl. en précontrainte ; déb. 130mm

Suspension arrière : mono-amortisseur; déb. 125mm ; rég. en précontrainte et détente

Frein avant : 2 disques 310mm ; étriers 6 pistons

Frein arrière : disque 240mm ; étrier 2 pistons

Pneu avant : 120/70X17

Pneu arrière : 180/55/17

Hauteur de selle : 790mm

Poids à sec : 214kg

Capacité réservoir : 20L

RS

 


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