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Suzuki SV1000S - 2003
(par Rudy Scohy, juin
2003)
Imparfaite mais séduisante

Après le succès retentissant
des premières SV 650, on n’aurait pas compris que Suzuki
n’utilise pas son célèbre bloc TL pour tirer son concept
SV vers le haut. Restait à savoir si le constructeur consentirait
les investissements nécessaires pour épargner à la
1000 les faiblesses de sa cadette.
Des faiblesses? Oui, essentiellement en termes de finition et de rigidité,
ainsi qu’au niveau de la fourche trop peu freinée en hydraulique.
Au total, on obtenait un concept ludique bâti autour d’un
moteur démonstratif, mais manquant un peu de cachet et de rigueur
pour les motards exigeants.
Pour ce qui concerne le cachet, c’est globalement une réussite.
D’abord, la grosse SV fait l’unanimité esthétique,
tant par sa ligne agressive et acérée que par ses color is
tendance et classieux. La présence d’un sabot moteur, les
optiques, l’arrière effilé et le nouveau cadre alu
avec ses structures latérales moulées sous haute pression
concourent grandement à affirmer la personnalité de la SV
1000. Une plastique somme toute conforme à la définition
qu’en donne Suzuki qui présente sa nouveauté comme
une sport-GT. On verra néanmoins que cette définition résiste
moins à l’usage (plus sport que GT) qu’au simple examen
statique. C’est vrai qu’on peut toujours regretter la grossièreté
des soudures (sinon, ce ne serait plus une Suz’, pardi!), quelques
durits trop visibles, les platines repose-pieds qui manquent un peu de
noblesse ou l’infâme ergot de la béquille latérale,
mais dans l’ensemble l’impression qui prévaut est clairement
celle d’une moto aguicheuse. Par ailleurs, quelques détails
flatteurs rehaussent l’ensemble, à l’image du cockpit
extrêmement soigné où
les plastiques s’ajustent parfaitement, où le té supérieur
évoque la GSXR 1000 et dont le nouveau tableau de bord (superbe
mais incomplet) s’inscrit, semble-t-il, dans une nouvelle politique
d’identité visuelle puisqu’il rappelle furieusement
la forme de phare retenue sur la grosse GSXR...
Vient ensuite la partie cycle dont la fiche technique nous apprend qu’elle
s’oriente volontiers vers le sport: empattement et poids contenus
(1430mm et 189kg), angle de chasse assez fermé (24°5), fourche
costaude (46mm) et bras oscillant du même acabit. En outre, les
suspensions sont entièrement réglables tant à l’avant
qu’à l’arrière. On attendait donc avec intérêt
de la juger en dynamique.
Evolution marquée mais…
C’est vrai que la SV ainsi accastillée n’a plus guère
de parenté avec l’ancienne 650, à condition toutefois
de s’astreindre à quelques séances de réglages
au niveau des suspensions. A condition aussi d’accepter un certain
inconfort sur route si l’on veut que l’efficacité soit
de la partie. En réalité, la situation est simple : d’origine,
la SV 1000 vous propose des réglages souples qui la rendent confortable
mais qui grèvent considérablement son efficacité
dès que l’allure s’accélère ou que l’asphalte
se fait cahoteux. Nous l’avons surprise se dandinant effrontément
à 160km/h sur autoroute, au point qu’il fallut rendre la
main. Pas rassurant ça ! En cause ? La chasse réduite peut
expliquer ce flou, tout comme la détente des ressorts de fourche
qui se révèle délicate à doser.
Devant ces constatations, une seule option : entraver la fourche pour
qu’elle ne travaille plus trop facilement sous l’effet des
flux aérodynamiques. Alors on augmente la précontrainte
et on freine davantage la détente. Ainsi freinée, la fourche
se fait plus précise et les louvoiements disparaissent, mais le
confort en souffre grandement puisque l’avant amortit moins bien
les inégalités. Vous me direz qu’il doit exister un
juste milieu ; en tous cas, nous ne l’avons pas trouvé au
cours de notre semaine d’essai… On en arrive donc à
devoir faire un choix : ou l’on veut une SV confortable, et on l’obtient
au détriment de l’efficacité car elle devient aussi
approximative que l’ancienne ; ou on préfère peaufiner
la précision pour un pilotage plus léché mais on
doit alors encaisser dans les bras toutes les sautes d’humeur d’une
suspension spécialement sèche. Vous remarquerez que je parle
des bras et pas du dos, parce que le combiné arrière est
quant à lui de très bonne composition, mixant avec bonheur
le confort et l’efficience, bien secondé il est vrai par
un cadre et un bras oscillant qui représentent eux aussi de gros
progrès par rapport aux éléments équipant
la première SV.

Le confort et les aspects pratiques cependant ne sont pas des qualités
marquantes de la puissante SV, car le pilote est confronté à
une position nettement orientée sport, avec ce que cela implique
d’appui sur les poignets ou de jambes pliées, et le passager
a droit à une galette qui semble épaisse mais manque de
moelleux. En y ajoutant que sa poignée de maintien n’est
pas suffisamment décalée du dosseret arrière pour
offrir une préhension satisfaisante, on conçoit qu’il/elle
puisse se faire prier pour vous accompagner. Par contre, si vous êtes
solitaire, vous apprécierez la protection correcte offerte par
la bulle. Soulignons toutefois que le transport de charges n’est
aucunement facilité par les crochets d’arrimage solidaires
de la poignée passager : mal situés, ils ne servent pas
à grand-chose. Quant à ceux situés sur les platines
arrière, ils auraient dû former une boucle au lieu de rester
ouverts, car vos sandows peuvent en sauter trop facilement au gré
des inégalités routières. Et sous la selle ? Bof
: un bloque-disque pas trop gros, une seconde paire de gants et ce sera
tout. Heureusement, le réservoir métallique s’accommodera
de toutes les sacoches magnétiques et les fabricants de sacs à
dos ont une offre très étendue…
La vérité est ailleurs
La SV 1000, c’est un peu le X-File de Suzuki ; difficile à
classer et qui nécessite d’y regarder à deux fois
avant d’en comprendre toute la subtilité. Nous la définirions
volontiers comme une sportive rationnelle ou une sportive alternative
; pas aussi extrême qu’une G SXR
mais plus exploitable et aussi plus vive et plus efficace en dynamique
qu’une Bandit ou une GSX. C’est dans ce mélange des
genres (elle tient un peu des trois familles évoquées) que
la SV 1000 va trouver sa légitimité.
S’agissant d’un gros bicylindre, il est clair que c’est
dans le bloc propulseur qu’il faut puiser sa personnalité.
Celui-ci, hérité des envoûtantes TL a néanmoins
perdu de son charme proverbial. Certes puissant avec ses 120cv, il affiche
un caractère à la baisse parce que sa puissance est délivrée
de façon plus uniforme ; ce SV est un bicylindre… linéaire.
C’est presque contradictoire et pourtant, c’est le cas. Il
compense cependant en offrant une souplesse rare pour ce genre de moteur,
et une injection (très sophistiquée) qui gère parfaitement
la puissance (on ne constate jamais d’à-coups ni à
la coupure ni à la remise des gaz) tout en n’évitant
pas, malheureusement, des consommations revues à la hausse (10L/100km
au cours de notre essai : gare à l’autonomie !) Le moulbif
excelle aussi en termes d’allonge ; bref il est plaisant mais sans
avoir le côté hargneux qui réjouissait sur les TL,
même sa sonorité devenue métallique et, somme toute,
peu flatteuse a suivi ce chemin.
On aperçoit ainsi mieux la philosophie qui a prévalu au
sein du team R&D qui a eu les nouvelles SV en charge : reprendre un
moteur qui a fait ses preuves et l’assagir pour qu’il soit
accessible à tout un chacun, de l’énervé au
père peinard. Commercialement, c’est sûrement judicieux
; un regard puriste regrettera pourtant cette « atrophie musculaire
» du concept TL.
Une fois réglé le problème de suspensions évoqué
plus haut, la SV révèle le tréfonds de son être
: une machine joueuse mais facile, instinctive. Même en conduite
très sportive, elle accepte toutes les corrections et se montre
extrêmement saine et prévisible. Tout au plus doit-on lui
concéder une certaine lourdeur à la mise sur l’angle
; mais pour le reste, c’est bon et facile à tous les étages.
D’autant que le freinage est mordant et suffisamment endurant pour
supporter le pilotage sur circuit. Le seul bémol finalement dans
cet exercice venait de la monte pneumatique (des Metzeler Sportec M1)
offrant une lecture assez imprécise de la piste et peu encline
à supporter longtemps les grosses décélérations.
Au final, nous dirions donc que la SV 1000 est à ranger au rayon
de ces motos qui ne sont réellement excellentes en rien, mais qui
n’ont aucun défaut non plus. De chouettes motos donc, polyvalentes
et bonnes à tout bien faire. C’est marrant, ce genre d’engins
consensuels (mais le terme n’est pas péjoratif), on l’observait
plutôt chez d’autres constructeurs à la réputation
solidement établie. Avec la SV 1000, Suzuki fait pareil mais au
prix d’une 600 ; et ça, c’est bon pour les acheteurs.

Fiche technique Suzuki SV 1000 S - 2003
Prix
9.899 € (en juin 2003)
Moteur
Type : 2 cyl. en ligne ; 4-T, refroid. liquide ; 8 soupapes
Cylindrée (alésage X course) : 996cc (98X66mm)
Puissance : 120cv à 9.000t/min
Couple : 10,4mkg à 7.000t/min
Alimentation : injection électronique
Boîte : 6 rapports
Transmission : chaîne
Partie-cycle
Chasse : 24,5°
Empattement : 1430mm
Garde au sol : NC
Suspension avant : fourche hydraulique 46mm ; débattement 120mm;
réglable en précharge, compression et détente
Suspension arrière : Full Floater; débattement 130mm ; réglable
en compression, précharge et détente
Frein avant : 2 disques 310mm ; étriers 4 pistons
Frein arrière : disque 220mm ; étrier 2 pistons
Pneu avant : 120/70X17
Pneu arrière : 180/55X17
Hauteur de selle : 810mm
Poids à sec : 189kg
Capacité réservoir : 17L
RS
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