Suzuki Marauder VZ 1600 - 2004

(par Pierre Herrent, septembre 2004)



Le feutré

A tous ceux que la pétarade des canons sciés et autres échappements libres laisse froid, voici un custom à la sonorité feutrée et au confort de Cadillac


Comme un battement de coeur

Ce gros cube a manifestement été conçu pour privilégier la douceur d’utilisation. D’ailleurs c’est tout juste si on l’entend et le peu qu’on entend est un régal, profond et doux, il émet comme un battement de coeur. Il réserve néanmoins des démarrages canons et des relances en sortie de virages tout à fait intéressantes. Il file comme rien à plus de 160 km/h sollicitant outrageusement vos cervicales, 120 km/h serait plus sage, ou encore mieux, 90 km/h, là où se situe plus justement l’esprit de ce Marauder. Car la puissance est limitée, cela signifie qu’au-delà de 80 km/h il n’est plus permis de rouler uniquement sur le couple, il faut faire tourner le moulin à 4000 t/m au moins pour éviter l’effet « poignée vide ». On ne s’attendait pas à cela de la part d’une cylindrée pareille, au point d’être surpris lors de dépassements.

Alors, sur ce souffle incroyablement discret, les suspensions s’efforcent de vous laisser sur un nuage. Le dos est bien protégé par les deux ressorts placés de part et d’autre de la roue arrière. Trois réglages permettent de modifier l’amortissement des cartouches air/huile, mais dans tous les cas ce sera souple. A l’avant, une fourche inversée assure un travail encore plus convaincant. La tradition veut que les customs s’enfoncent honteusement à la moindre sollicitation du frein avant. Ici rien de tout cela, le débattement est maîtrisé et jamais durant l’essai la fourche n’a émis ce sinistre claquement quand elle vient taper contre sa butée. Deux disques de 320 mm pincés par des étriers à 3 pistons hérités des anciennes GSXR assurent des freinages étonnants, combinés au frein arrière, la puissance de freinage atteint un niveau rare sur un custom, tout en conservant le sentiment de maîtriser la manoeuvre.

L’embrayage est facile et couplé à la transmission par cardan, il permet des départs en trombe. Il faudra de l’attention pour enchaîner les vitesses car la boite de vitesse est lente mais en contrepartie elle est peu bruyante. Les rapports sont tous un peu longs ce qui explique le manque de nervosité évoqué plus haut, mais contribue encore à créer ce sentiment général de douceur.

Big Boy

Si vous cherchez un « grand », le Marauder est pour vous. Sa taille est vraiment impressionnante. Il s’étend comme ces routes du grand ouest américain. Il n’a pas besoin d’artifices ou d’accessoires, c’est surtout sa taille qui attire le regard. Le mariage des pièces chromées et noires laquées est assez réussi, elles se mettent mutuellement en valeur. Derrière la solide fourche inversée, on trouve un réservoir qui n’en finit plus, une toute petite selle, en apparence car elle est très large et un arrière façon dragster. Les bras ne sont pas trop écartés mais doivent se tendre pour aggripper le guidon. Les repose-pied sont du type tubes et sont placés en avant, de sorte que le dos est toujours arrondi, sans être aussi prononcée que sur une HD Softtail, cette position demande un petit temps d’adaptation. Le compteur de vitesse et le compte-tours sont placés devant le T de fourche, au-dessus du phare, donc assez loin devant. Sur le sommet du réservoir, on retrouve les témoins de clignotants, de phare, du neutre, le barillet et le bouchon d’essence. Ce dernier est peint en noir, on se demande pourquoi, il sonne comme une fausse note, alors que les commodos sont très bien réalisés, laissant à nos yeux un horizon chromé. Les rétroviseurs sont bien placés et offrent une vue très sécurisante.

Quatre crochets d’arrimage au niveau de l’enjoliveur de garde-boue arrière permettent d’accrocher un bagage. Un petit coffre situé sur le côté gauche contiendra tout juste un pantalon de pluie bien roulé ou un bloque disque, sa fermeture n’est pas évidente. Comme souvent, les customs n’ont que peu de souci pour les petits tracas du quotidien... Autre paradoxe, malgré la taille du réservoir, seuls quelques 10 litres en moyenne rentrent à chaque plein et l’autonomie ne dépasse pas 160 km avant le signal de réserve. La consommation est raisonnable au regard de la cylindrée (un peu moins de 7 litres au 100 km). L’injection électronique contribue à ce résultat, elle n’est pourtant pas parfaite car elle produit des à coups qui sont gênants à faible vitesse, les manoeuvres sont rendues plus délicates.

La ballade à deux ne nous a pas laissé un souvenir impérissable. Le tarage des suspensions ne s’accommode pas bien du supplément de poids. La Cadillac se transforme en Marshmallow et il n’est pas rare d’entendre le cadre heurter le sol. Difficile à manoeuvrer, il ne rassure pas le passager surtout si il ou elle est un motard occasionnel... De toute façon, la toute petite selle qui lui est réservée aura déjà mis sa motivation à l’épreuve.

Un frère jumeau

Le Marauder possède un frère jumeau, résultat d’un accord de partage avec Kawasaki, il est fabriqué par les soins de Kawasaki et « looké » selon les souhaits de Suzuki. Ces collaborations permettent d’obtenir de meilleurs prix et augmentent la chance de trouver un concessionnaire près de chez soi. Pour plus d’informations sur les différences entre ces deux frères, nous vous renvoyons sur un site qui nous a intéressé, il est en anglais mais bien illustré:

http://www.motorcyclecruiser.com/roadtests/m16s/

Les différences sont assez subtiles, la forme du garde-boue arrière étant l’élément le plus frappant, classique sur la Kawa, elle est plutôt rock’n roll sur la Suz. Le cardan qui aboutit dans un imposant moyeu dont on ne voit pas la limite avec la roue et les 2 jantes en aluminium à bâtons achèvent l’image techno et un peu décalée de ces 2 customs.

La finition n’est pas exempte de reproches, le cadre tubulaire et ses raccords de soudure très bruts laisse vraiment à désirer, le dessin de certaines pièces comme la pédale de frein et le sélecteur de vitesses ou les repose-pied sont vraiment « cheap ». Et rappelons que de très nombreuses pièces parmi les chromes sont en plastique (planche de bord, clignotants, compteurs, faux boîtiers de filtre à air, écusson de réservoir). Probablement le prix à payer pour obtenir un tarif aussi avantageux par rapport à la concurrence.

B-26 Marauder


Le B-26 Marauder était un bombardier allié utilisé durant la seconde guerre mondiale fort apprécié pour sa vitesse et son aptitude à voler par presque tous les temps. C’est aussi le bombardier qui connu le moins de pertes par nombre de missions. Il n’a pourtant jamais été une star. La référence au Marauder sonne juste à l’heure où la course aux cubes fait rage au sommet pour savoir qui aura le titre du plus gros custom, (Honda VTX1800, Kawa VN2000, Triumph Rocket 2300 !). Le VZ 1600 refuse de participer à cette escalade, au risque de paraître trop discret, il parvient à conserver une maniabilité et un confort d’utilisation hors du commun. Aidé en cela par la faible largeur du guidon qui permet de se faufiler dans la circulation avec une aisance insoupçonnée et la monte des pneumatiques (130/70 à l’avant et 170/60 à l’arrière). Le Marauder voit arriver les ronds-points avec sérénité, voire appétit car il aime bien prendre de l’angle, ses repose-pied viennent toucher le sol en se repliant doucement, procurant un plaisir non dissimulé.

« Stress killer » plutôt que « foudre de guerre », il s’exprime aux allures intermédiaires dans un silence de fonctionnement qui est un luxe de nos jours, avec une mollesse qui est douceur et un sentiment de sécurité procuré par l’excellent train avant, un look massif pas déplaisant et puis un prix...

Suzuki Marauder VZ 1600 2004 – 12.500 euros


Mécanique
1 552 cm3, 4 temps, 2 cylindres en V, alésage 102 mm x course 95 mm, refroidi par eau, 1 ACT et 4 soup./cyl., injection électronique diam. 40 mm, 5 vitesses, transmission par arbre et cardan
Puissance 73 ch. à 5 300 tr/min, couple 12,5 daN.m à 2 800 tr/min

Châssis
Cadre double berceau acier, fourche télescopique inversée diam. 43 mm, 2 amortisseurs AR, freins AV 2 disques diam. 320 mm / étriers 6 pistons - AR disque diam. 300 mm / étrier 2 pistons, pneus AV / AR 130/70 x 17 - 170/60 x 17

Chiffres
Empattement 1 705 mm, chasse 144 mm / angle 32°, hauteur de selle 700 mm, réservoir 17 litres, poids à sec (usine) 290 kg

Importateur

Suzuki Belgium
Satenrozen 8
2550 KONTICH
Tél. : 03/450.04.11
http://www.suzuki2wheels.be/

PH


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