Suzuki
M800 Intruder
par Pierre Herrent, août 2005

La nouvelle génération
Suzuki nous propose une gamme de custom
remaniée avec deux "demi-portions" qui profitent d'un
moteur entièrement nouveau, n'hésitant pas à casser
la tendance du toujours plus gros... pas toujours mieux. Facile, confortable,
d'un aspect avantageux et très maniable, son seul point faible
est son freinage anémique.
Adieu Volusia et autres Marauder, à
présent les custom Suzuki se nomment tous "Intruder".
Suzuki défend l'idée que pour faire un bon custom, il ne
faut pas nécessairement lui donner un très gros moteur et
conserver des solutions techniques archaïques sous prétexte
d'être authentique. D'ailleurs, la source d'inspiration située
à Milwaukee a résolument tracé la voie à suivre
avec sa Street Rod.
Un nouveau moteur
La
M800 c'est d'abord un tout nouveau bi-cylindre de 805 cm3, conçu
selon les standards actuels comprenant le refroidissement par eau (les
ailettes sur les 2 cylindres étant encore là uniquement
pour le look), 4 soupapes par cylindres et l'injection électronique.
Il ne vibre pour ainsi dire pas et possède une inertie beaucoup
plus faible que les gros cubes. Il répond immédiatement
aux sollicitations de la poignée des gaz et donne la sensation
d'avoir un moteur puissant sous la main. Il est capable à tout
moment de nous donner une pression dans les reins. Son comportement est
beaucoup plus volontaire que la fiche technique ne le laisse penser, son
couple maximum de 7.03 kgm à 4.000 t/m semble très loin
du 12,74 kgm à 2.800 t/m du 1600. Il est pourtant très rassurant
lors des dépassements où il ne souffre jamais de l'effet
"poignée vide". Sa plage de régime est entièrement
exploitable, déjà très souple en bas, on peut rester
en 5ème dans les traversées de village et sa belle allonge
permet de "tirer" un rapport plus longtemps si nécessaire.
L'injection travaille de manière transparente, y compris à
très bas régime où elle n'est jamais hésitante
et contribue à rendre les manoeuvres très faciles.
Disposant d'un rendement nettement amélioré
de 65 ch par litre contre 45 ch/l seulement pour le 1600, d'un poids inférieur
de près de 50 kg, il est capable de dépasser le 180 km/h
démontrant un caractère très complet malgré
son cubage réduit, la preuve qu'il ne faut pas toujours pousser
les cm3 vers les sommets. Avec son réservoir de 15 litres et demi,
il dépasse allègrement les 200 km d'autonomie car sa consommation
est inférieure à 6 litres au cent, bel effort.
Remarquablement confortable
Comme son aîné, le M800 est
très silencieux, il ne s'exprime vraiment que dans les accélérations,
se mettant alors à vibrer un peu aussi, car autrement, il brille
par sa discrétion de fonctionnement. Relativement léger
et avec un centre de gravité proche du sol, il se place en virage
avec une telle facilité qu'il vaut parfois mieux virer large pour éviter de lécher la corde de trop près.
Son équilibre le rend très rassurant à manoeuvrer
à faible allure et lui évite de tomber dans le virage après
un certain angle comme certains. La garde au sol est avantageuse et permet
d'en mettre une bonne couche avant de toucher avec les pose-pied ou le
talon de ses bottes.
Ses
suspensions méritent le label 5 étoiles. La fourche inversée
de gros diamètre à l'avant, déjà connue sur
le 1600, fonctionne à merveille, jetant aux oubliettes les talonnages
et autres pompages exagérés. Mais c'est de l'arrière
que vient la surprise, les deux ressorts latéraux ont disparu pour
faire place à un mono-bras avec un mono-amortisseur, cet ensemble
donne un niveau de confort exceptionnel pour un custom. Terminés
les coups de raquette dans le dos, terminés les tassements et autres
louvoiements en virages, le M800 fait preuve d'une belle stabilité.
Attention tout de même aux bosses, avec son poids, le rebond est
inévitable et la tenue de cap devient alors très approximative,
cela reste un custom tout de même. Seul le combiné arrière
est réglable en pré-charge mais difficilement accessible,
son réglage peut s'avérer utile pour voyager à deux.
La position est convenable pour un custom,
la selle est basse (685 mm), les bras sont tendus devant et écartés,
mais pas écartelés, les pieds sont devant mais pas trop.
La selle est extraordinaire, large, ergonomique, elle donne une assise
excellente. Son petit rebord cale le bas du dos et permet de bien sentir
les accélérations. Le dos est arrondi, si cette position
ne sera jamais idéale, les suspensions évitent aux vertèbres
de jouer aux osselets.
Qui s'arrête comme un train
Le freinage n'a pas évolué
depuis le Volusia, s'il permet de garder la facture légère,
il manque cruellement d'efficacité. Le frein arrière sur
lequel tout custom s'appuie pour s'arrêter est à tambour
et le frein avant doit se contenter d'un simple disque et d'étriers
à double piston. Au final on se retrouve avec un frein avant qui
est toujours trop mou et un tambour arrière qui fait ce qu'il peut,
c'est à dire pas grand chose. En poussant fort du pied on arrivera
tout de même à bloquer la roue, mais on peut oublier les
freinages nets et sécurisant de l'ex Marauder pourtant plus lourd.
Sans compter que le tambour supporte mal les freinages répétés
où il perd encore un peu de ses faibles moyens. Nous voilà
ramenés à l'époque où les customs ne freinaient
pas bien... C'est vraiment dommage car les progrès sur le moteur
et les suspensions sont réels. Osons espérer que les ingénieurs
auront vent de ceci et qu'ils ajouteront des disques.
Pas un look de petit
Ce M800 est imposant par sa taille: grosse
fourche, T de fourche costaud, gros réservoir, grosses gamelles,
longs échappement, large selle, il a tout d'un grand. Le phare
est joliment entouré de chromes et le tableau de bord accroché
sur le cintre est coiffé d'une petite casquette chromée.
De nombreuses pièces de carrosserie en plastique couvrent les éléments
moins élégants comme les raccords du cadre à hauteur
de la fourche, ou encore le bras oscillant qui préfère se
cacher. Le garde boue arrière a la forme rock'n roll connue du
M1600, le C800 présente une exécution plus classique. Les
chromes ne sont pas omniprésents et on peut même dire qu'ils
sont mis en valeur par l'exécution noire de nombreux éléments
du moteur ou de la carrosserie. Les jantes injectées à batons
courbes sont bien connues des customs Suzuki.
Le
tableau de bord reprend les informations minimales telles qu'un seul trip,
le totaliseur et l'heure, c'est tout. Le grand cadran à aiguille
renseigne la vitesse, il n'y a pas de compte-tours, on en est réduit
à "travailler" à l'oreille. Ici aussi, Suzuki
n'hésite pas à remonter le temps... La platine avec le bouchon
d'essence regroupe des témoins lumineux couverts par un plastique
à prismes, pas vraiment du dernier cri, les led's ça existe.
De même, les rétroviseurs à bords carrés ne
sont pas les plus sexy.
La casquette sur le tableau de bord ne
joue pas le rôle de saute-vent, il est impossible de cruiser relax
à 120 km/h, il vaut mieux rester en dessous et si la balade s'allonge,
un petit 90 km/h s'impose. Deux grosses poignées permettent de
s'accrocher au guidon, la poignée de frein est réglable,
pas celle de l'embrayage, ce dernier est à câble et n'est
pas un exemple de souplesse.
La boite de vitesse est légère
à commander, elle agrémente chaque passage d'un bon "clonk".
Le neutre est facile à trouver et la première s'enclenche
sans hésitation, un vrai plaisir en agglomération. La transmission
à un cardan ne se fait entendre qu'au passage de la première
vitesse.
On t'aime bien "demi-portion"
Même si le M800 n'a rien de pratique,
rangement et arrimage nul, protection au vent presque nulle et qu'il ne
faut pas attendre trop longtemps pour freiner ni rouler trop vite en courbe
ou sur les casse-vitesse, il peut revendiquer fièrement son caractère
de "petit" face aux hyper-gros car nous pensons qu'il sera suivi
de nombreux cousins tous proches du litre, un compromis entre force et
dynamisme qui a de l'avenir. Il est bien né et procure tout le
plaisir que l'on attend d'un custom, une position relax, un moteur docile
en bas mais énergique au besoin, un confort qui vous met sur un
nuage et une sonorité qui ne vous fait pas en descendre, le tout
avec un aspect avantageux et un soin du détail en progression.
PH
Suzuki M800 Intruder - 7.499 €
Fiche technique
Moteur
805 cm3
4 temps, bicylindre en V à 45°
alésage mm x course mm
refroidi par eau
2 ACT et 4 soup./cyl.
1 injection électronique diam. 34 mm
5 vitesses
démarreur électrique
transmission par arbre et cardan
Partie cycle
Cadre tubulaire double berceau en acier
fourche télescopique diam. 41 mm
mono-amortisseur AR
freins AV 1 disque diam. 300 mm / étrier 2 pistons
AR tambour diam. 180 mm
pneus AV 130/90 x 16 - AR 170/80 x 15
Chiffres
Empattement 1 655 mm
chasse mm / angle
hauteur de selle 700 mm
réservoir 15,5 litres
poids à sec 242 kg
vitesse maxi env. 170 km/h
conso moy. de l'essai 6 l./100 km
autonomie moy. avant réserve env. 220 km
Importateur
Suzuki Belgium
03/450.04.11
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