Voxan Street Scrambler

(par Pierre HERRENT, septembre 2004)

Ligue d’impro

La marque française continue ses efforts pour développer et monter elle-même ses motos, étoffant régulièrement sa gamme, elle nous propose ce Street Scrambler, un roadster sportif et confortable

Une conception originale

D’allure basique, ce roadster propose des solutions techniques qui lui apportent une maniabilité et une santé digne d’intérêt. Le moteur conçu et réalisé par Voxan est un bicylindre en V de 996 cm3 suspendu dans un cadre original. Deux tubes de diamètre important relient la colonne de direction au bras oscillant, ils permettent d’obtenir une construction assez rigide et surtout très légère. L’huile circule à l’intérieur de ces tubes, outre le fait qu’elle en profite pour s’y refroidir, elle permet au moteur d’être lubrifié par carter sec et donc de conserver une dimension réduite. La boite à air est en partie contenue dans la colonne de direction en aluminium et le réservoir d’essence s’étend jusque sous la selle afin de réduire le centre de gravité, tout comme la suspension arrière qui se loge à l’horizontale sous le moteur. L’ouverture de ce twin est de 72° ce qui lui permet de se passer de balanciers d’équilibrage avec un effet direct sur le poids de l’engin. Ces idées originales contribuent à créer l’image de la marque même si elles sont plus coûteuses à réaliser que le montage d’une moto à partir d’un moteur acheté (comme sur une Cagiva par exemple).

Très compacte, la Voxan est aussi légère visuellement grâce à l’utilisation limitée d’éléments de carrosserie, le garde boue avant, le réservoir et un bout de carénage sous la selle sont les seules touches de couleurs. La petite écope avec un treillis sur les côtés du réservoir et le support de repose-pied passager partiellement poli valent aussi le détour. De manière générale, la Street Scrambler dégage une impression de qualité, sa dotation est intéressante : maîtres cylindres de frein et d’embrayage et freinage Brembo couleur or, durites aviation, fourche inversée, bras oscillant en alliage d’aluminium moulé et les poignées passager assorties. Pour le reste, on apprécie aussi le discret radiateur, les tubes d’échappements proprement dessinés et la sobriété des tuyaux, tubages et autres faisceaux électriques. On aime un peu moins les nécessaires protections sur les échappements et le dessin des deux silencieux d’origine (la Black Magic annoncée pour fin 2004 fait mieux sur ce point).

Naturelle

Une fois en selle, les coudes et les genoux forment un angle d’à peu près 90°, le dos peut rester droit, la position est naturelle. La hauteur et la largeur de la selle permettent de bien poser les pieds à terre, son rembourrage plutôt ferme et sa forme préservent un bon confort. Le cintre un peu plus relevé que sur le Voxan Roadster est assez large, il laisse penser que la moto se laissera guider en bonne partie par là. Il n’en est rien, c’est la première surprise de cette Voxan. La finesse du cadre permet aux jambes de se placer très près de la moto et l’assise assez basse amènent le pilote à faire corps avec la moto, tant et si bien qu’elle se conduit d’une pression sur le repose-pied ou d’une inclinaison du bassin sur la selle. Très naturellement elle s’inscrit dans la courbe sans tomber ni résister. L’angle de chasse de 24°7 peu paraître ouvert par rapport à une Buell (21°), il ne nuit pourtant pas à l’agilité, sans doute parce que le train avant se révèle tout à fait neutre, on a l’impression qu’on pourrait lâcher le guidon sans que la moto change de cap. La qualité du train avant fait de la Voxan une reine de l'improvisation. Et lorsque le rythme s’élève, le cadre rigoureux autorise des vitesses de passage insoupçonnées, bien aidé à ce moment par les suspensions. Celles-ci sont facilement réglables par des molettes en haut des fourreaux sur le T de fourche et sous la moto au niveau du ressort arrière. L’avant de la moto étant léger, il est inutile de durcir la suspension au risque de la verrouiller, par contre l’arrière supportera un réglage plus ferme pour lui éviter de louvoyer. Mais dans l’ensemble, vous n’aurez pas à choisir entre le confort et l’efficacité.

Du vrai bon couple

Le moteur est la deuxième surprise. Il tracte partout. Dès 2.000 t/m il pousse déjà bien, autorisant des départs éclairs toujours amusants. Il progresse légèrement ensuite sans faire mentir l’impression d’être plein partout, après 6.000 t/m il donne un petit supplément de poussée avec une allonge étourdissante se terminant quelque part après 9.000 t/m. Le tout avec une sonorité à la fois grave et métallique toujours bien présente, elle provient moins des silencieux qui remplissent bien leur rôle que de la boite à air dont la position dans la colonne de direction fait haut-parleur. Autrement dit, le pilote profite bien du son de sa moto sans faire souffrir tout le quartier. Ce bi a une faible inertie, il est nerveux sans être brutal, facile car disponible à tous les étages, il ne mérite d’attention qu’après 6.000 t/m car la roue avant se fait plus légère. Son injection est bien réalisée, elle ne se fait remarquer qu’aux alentours de 4.000 t/m par un léger creux (normes anti-pollution oblige). Les dépassements éclairs sont sa tasse de thé et les relances sur l’angle en sortie de virage son plat de résistance, ce bicylindre est un vrai régal.

La boite de vitesse est la troisième surprise. Légère à la commande, toujours bien verrouillée, elle ne nous a jamais fait défaut et son neutre se trouve sans difficultés. Elle autorise une conduite vraiment sportive, permettant de passer les 6 vitesses sans temps mort, entre 6.000 et 8.000 t/m avec le guidon qui tire à chaque fois dans les bras, voici de quoi rendre cette moto vraiment attachante.

Seul point perfectible, le freinage. Non pas qu’il manque de puissance mais on aurait apprécié plus de mordant dès le début et une meilleure assistance, il ne faut en effet pas hésiter à serrer la poignée à plusieurs doigts. Tout comme l’embrayage dont le rappel de la poignée fait davantage penser à un appareil de musculation. Dommage car ces équipements Brembo sont par ailleurs très jolis à regarder. Le tableau de bord est bien lisible avec un totaliseur kilométrique digital, 2 trips et une horloge. C’est à peu près tout, vous ne trouverez pas d’indication de la température ou du niveau d’essence, un témoin signale l’arrivée sur la réserve. La consommation de notre essai a été de 8l./100km, essentiellement réalisée sur de petits trajets en ville et des routes nationales empruntées vivement, il y a certainement moyen de faire mieux surtout avec une moto équipée de l’injection.

Le passager est bien installé même si le dessin angulaire des 2 jolies poignées n’est pas très ergonomique. Les rétros circulaires sont équipés de miroirs convexes réducteurs et de verres fumés, même si leur dégagement est excellent, ils réduisent fort les objets qui paraissent très loin et les assombrissent, ce qui nous laisse perplexes. Notre modèle d’essai était équipé d’un petit saute vent Bike Design, il assure une pression supportable jusqu’à 140 km/h sur le buste et la tête, au delà, la sensation de vitesse devient présente et oblige à baisser les épaules. Si cette position ne vous dérange pas, vous pourrez filer allègrement au dessus des 200 km/h. Les possibilités de rangement sont limitées, sous la selle il y a juste assez de place pour un pantalon de pluie, un U peu s’y loger à condition de ne pas le prendre trop grand, il n’y a pas de crochets d’arrimage. Une gamme d’accessoire Voxan permet notamment d’ajouter un top case.

Défaut d’image ou définition de « la moto » par excellence ?

En avant du tableau de bord, un simple phare rond achève l’expression d’une moto simple en apparence, assez technique dans le détail et drôlement efficace sur la route. Derrière ses allures de moyenne cylindrée elle cache bien son jeu, évitant chaque fois que possible de prendre du poids, sa maniabilité et la disponibilité de son moteur sont ses points forts. Elle propose des équipements qui flattent le regard mais son design général reste sobre, il ne dégage pas la même personnalité affirmée de certaines de ses concurrentes, privilégiant la recherche de quelque chose plus essentiel, plus proche de la définition même de la moto.


VOXAN Street Scrambler 2004 – 11.990 euros

Moteur:
996 cm3, bicylindre en V à 72°, refroidi par eau, 2 ACT et 4 soupapes/cyl., injection électronique, 6 vitesses, transmission par chaîne
Puissance 100 ch. à 8.000 tr/min, couple 9,5 MKg à 8.000 tr/min

Partie cycle:
cadre épine dorsale, fourche télescopique inversée diam. 41 mm, monoamortisseur AR, freins AV 2 disques / étriers 4 pistons - AR disque / étrier 2 pistons, pneu AV 120/70 x 17 / AR 180/55 x 17

Chiffres:
empattement 1.465 mm, angle de chasse 24°7, hauteur de selle 810 mm, réservoir 14,5 litres (réserve 4 litres), poids à sec (usine) 190 kg

Importateur
Marc Detournay
Rue du Grand Péril 85
7090 Hennuyères

PH


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