Yamaha R1 – 2006
(par Rudy Scohy, juillet 2006)

Aboutie
En dépit de quelques particularités
critiquables, la nouvelle version de la sculpturale R1 propose un excellent
« package » à l’amateur d’hypersportive.
Les modes passent, les modèles
évoluent, mais la R1 reste invariablement la référence
esthétique des hypersportives japonaises. Et pour tout dire, nombre
d’amateurs de motos européennes sont prêts à
concéder que la Yam ne manque pas de charisme. Bien qu’elle
ne soit pas redessinée pour 2006, on a l’impression que la
machine s’est affinée et qu’elle affiche une plastique
plus agressive. Ce n’est en réalité qu’un effet
des coloris retenus : le bordeaux/gris est classieux, le noir souligne
le côté félin, tandis que les coloris « 50th
anniversary » que nous avons eus à l’essai renouvellent
littéralement l’intérêt de la R1 en ajoutant
une touche racing inspirée des célèbres speed blocks
blanc et noir qui ornaient les Yam de course dans les années 70
et 80, aux mains entre autres du « nain jaune » Kenny Roberts.
S’il faut ergoter, nous ne nous plaindrons que d’une chose
: que les clignotants ne soient pas intégrés ; une moto
aussi léchée le méritait bien. Et puis, le coloris
bleu, on l’a vraiment trop vu ; préférez-lui les deux
autres sans hésitation…
Pas plus que l’esthétique,
la position de conduite n’a été retouchée.
Pourtant, l’allongement du bras oscillant (nous y reviendrons plus
bas) a bel et bien une incidence sur l’ergonomie générale.
Une incidence discrètement négative dirons-nous, car on
a bien l’impression d’un appui supplémentaire sur les
poignets. S’agissant d’une sportive pure –souvenons-nous
du slogan qui soutenait la campagne de lancement de la première
R1 en 1998 : No compromise !-, nous ne voyons rien de rédhibitoire
dans cette légère radicalisation. La R1 n’offre rien
de plus qu’avant au point de vue pratique ou confort, mais ce n’est
tout simplement pas pour cela qu’elle est conçue. Fin du
débat.
Le coup du lapin
Quoi
de neuf docteur ? On peut en effet se poser la question puisque, habituellement,
quand un constructeur sort une sportive qu’il présente comme
nouvelle, il la dote d’une esthétique revue. En ce qui nous
concerne, nous dirions volontiers de la R1 ce que nous disions il y a
peu de la CBR 1000 RR 2006 : il s’agirait plutôt d’une
évolution que d’une réelle nouveauté. En pratique,
les évolutions se concentrent donc aux niveaux moteur et châssis.
Si globalement le modèle 2006 reprend la mécanique de la
version 2004, les ingénieurs maison ont analysé les systèmes
d’admission et d’échappement de la R1 et leur ont apporté
un ensemble de modifications dont la conséquence la plus directe
est un gain de 3cv portant la puissance à 175cv à 12.500rpm
(sans induction d’air directe). Les guides de soupapes d’admission
sont raccourcis de 15% et les conduits d’admission d’air ont
été lissés dans le but évident d’accroître
l’efficacité moteur. Le résultat est-il atteint ?
Oui mais… En effet, la relative linéarité dans les
tours du bloc R1 2004/2005 a disparu au profit d’un jump bien sensible
dans les 2000 derniers tours utilisables par contre, le moteur semble
bien avoir perdu son couple réjouissant et sa disponibilité
proverbiale dans les basses rotations. Ce n’est pas qu’il
ait perdu en souplesse (on roule en 6°, sous le régime de ralenti
et sans à-coups !), mais tout simplement, ça ne pousse plus
aussi fort à partir de 4000rpm. Nous en avons eu le cœur net
en faisant un galop en compagnie d’une version 2004 qui semblait
s’essouffler plus tôt aux abords de la zone rouge, mais qui
tractait plus vite en repartant d’en bas. Ceci étant précisé,
on peut cependant continuer à dire du bloc R1 qu’il est attachant
par sa personnalité puisqu’il a gagné en haut ce qu’il
a perdu en bas. En agrément, nous le placerions loin devant le
CBR, peu devant le ZX10 et peu en retrait du GSXR. Pour conclure avec
les aménagements moteur, signalons encore un tendeur de chaîne
de distribution revu, un axe primaire de boîte plus long et, bien
entendu, un carter moteur modifié en conséquence. Ce dernier
point s’accompagnant d’un effet secondaire qui peut être
embêtant : ledit carter est légèrement plus large,
de sorte que, si vous avez le mollet costaud, il risque de venir s’y
frotter (pour ne pas dire s’y brûler) un peu trop facilement.
En
ce qui a trait au châssis, le cadre Deltabox V reste apparemment
identique à son prédécesseur, mais il intègre
pourtant des changements qui redéfinissent sa rigidité latérale
et sa résistance à la torsion tout en augmentant sa maniabilité.
Sur ce plan, nous disons bingo !, car la R1 2006 nous a effectivement
bluffé par sa vivacité, sa promptitude à changer
d’appui tout en conservant une rigidité digne d’un
tubulaire italien. Cette maniabilité en progrès, la R1 2006
la doit également à la modif’ des points d’ancrage
du moteur et des supports de bras oscillant, ce qui compense l’allongement
de ce dernier en termes de vivacité. Bien qu’il soit allongé
de 20mm (c’est beaucoup !), le bras oscillant de la R1 profite toujours
d’un axe de pivot situé tout près du point médian
de la moto ; ce qui a le double avantage de ne pas influer sur la maniabilité
tout en augmentant la motricité. Deux points sur lesquels en effet
la R1 2006 nous a semblé parfaite. De plus, comme la répartition
des masses gagne un kilo sur l’avant, la remontée d’infos
par la fourche s’en trouve optimisée elle aussi, et la précision
du pilotage en profite.
Dommage…
Elle est presque parfaite cette R1 2006.
D’accord, sur la route on pourra incriminer sa selle un peu dure
et sa protection plus que réduite ; son instrumentation très
classe mais pas spécialement lisible (certains chiffres sont vraiment
petits) et son appui sur les poignets. On pestera surtout copieusement
contre les dégagements de chaleur consécutifs à la
présence du catalyseur tout près de la selle pilote. Quand
il fait un peu doux, disons 22/23°, même sur autoroute, on a
la cuisse droite et le postérieur qui chauffent ; alors imaginez
en ville par temps caniculaire… Mais à l’inverse, ses
suspensions sont relativement confortables, son efficacité impossible
à prendre en défaut sur nos chaussées et son freinage
tout radial au top. On y ajoutera que ses transmissions se font oublier
(même sans embrayage antidribbling) et que son boîtier d’injection…
fait chier.
Ben
oui, comme la FZ1 –mais en nettement moins grave-, l’injection
de la R1 se singularise par son mauvais caractère ; et c’est
en fin de compte le principal grief que nous proférerons à
son encontre. Sur la route certes, on s’en accommode de bon gré
; par contre, sur piste, c’est agaçant et parfois même
un peu perturbant. Dans les faits, il y a deux zones où le boîtier
hésite sur la conduite à tenir lorsque vous souhaiter rouler
sur un filet de gaz. De 5000 à 7000 tours et de 9000 à 11000
tours (ce qui représente tout de même un bon tiers de la
plage d’utilisation), l’injection tousse et passe du on au
off sans vous demander votre avis. Sur l’angle, la précision
de la trajectoire en pâtit évidemment ; et, à la réaccélération,
on n’est jamais trop sûr de la manière dont la cavalerie
va débouler suivant qu’on rouvre les gaz au cours d’une
phase on ou au cours d’une phase off. Heureusement, nous avons vu
que la puissance arrive de manière plus linéaire en bas
que par le passé, ce qui compense un peu et vous évite les
sueurs froides… On note aussi un à-coup sensible dispensé
par le frein moteur vers 3500rpm. Disons que tout cela est regrettable
dans le chef d’un constructeur qui nous avait habitués jusque-là
à une maîtrise parfaite de l’injection.
Et ce package ?
A ce stade, nous vous avons dit tout
ce qui enchante (châssis, suspensions, freinage) et ce qui fâche
(nuisances calorifiques et injection hésitante). Mais au total,
quelle impression d’ensemble dispense la nouvelle R1 ? Eh bien une
sacrée impression tout de même ; une sorte de mix entre la
facilité et le contrôle total qui se dégagent d’une
CBR et l’exubérance agile d’une GSXR, mais avec du
caractère moteur en moins. Ce qui fait que, tout bien considéré,
nous ne sommes pas loin de décerner la palme des hypersportives
à cette nouvelle R1. Parce que son efficacité est virtuellement
impossible à prendre en défaut pour un pilote même
tant soit peu expérimenté, et parce qu’elle vous accorde
d’aller vite avec décontraction. Il est vrai que son problème
d’injection est réel, mais on le gommera en y adjoignant
un Power Commander ; en pinaillant, il est vrai aussi que l’amortisseur
de direction d’origine est un peu pauvre en comparaison des performances
maximales de la machine et que le freinage manque un tout petit peu de
mordant à l’attaque du levier et en usage circuit. Mais qu’à
cela ne tienne : l’ensemble offert par la R1 est sacrément
fortiche.
RS
Yamaha R1 2006 – 13.690€ en juillet
‘06
Spécifications techniques (constructeur)
ENGINE
Type Liquid-cooled, 4-stroke, forward inclined
parallel cylinder, 20 valves, D0HC,
Displacement 998 cc
Bore and stroke 77.0 x 53.6 mm
Compression ratio 12.4:1
Max. power 128.7 kW (175 HP) @ 12,500 rpm*
Max. torque 106.6 Nm (11.0 kg-m) @ 10,500 rpm*
Lubrication Wet sump
Carburettor/fuel supply Fuel injection
Clutch type Wet multiple-disc
Ignition TCI (digital)
Starter system Electric
Transmission Constant mesh, 6 speed
Final transmission Chain
Primary reduction ratio 1.512
Secondary reduction ratio 2.647
Gear ratio: 1st, 2nd, 3rd, 4th, 5th, 6th 2.533, 2.063, 1.762,
1.522, 1.364, 1.269
CHASSIS
Frame Aluminium die-cast Deltabox V
Front suspension Telescopic forks, Ø 43 mm
Front wheel travel 120 mm
Rear suspension Swingarm (link suspension)
Rear wheel travel 130 mm
Caster angle 24°
Trial 97 mm
Front brake Dual floating discs, Ø 320 mm
Rear brake Single disc, Ø 220 mm
Front tyre 120/70 ZR17M/C (58W)
Rear tyre 190/50 ZR17M/C (73W)
DIMENSIONS
Overall length 2,085 mm
Overall width 720 mm
Overall height 1,105 mm
Seat height 835 mm
Wheelbase 1,415 mm
Min. ground clearance 135 mm
Dry weight 173 kg
Fuel tank capacity (reserve) 18 litres (3.4 litres)
Oil capacity 3.8 litres
Importateur
D'Ieteren Sport
Parc industriel de la Vallée du Hain 37
1440 Wauthier-Braine
02/367.14.13
www.yamaha.be
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