Sur les traces virtuelles d'Olivier Jacque et de Ricky Carmichael

(par Rudy SCOHY, mars 2001)

  

Si Championship Motocross n'a rien de révolutionnaire, Moto Racer World Tour, malgré ses défauts, pourrait bien faire date.

La passion selon Saint Jacque

Après Moto Racer 1 et 2, les Français de "Delphine Software" remettent le couvert avec un jeu au concepteur novateur qui n'est pas un n°3, mais un produit entièrement original.

A la requête des concepteurs du jeu, OJ s'est donc impliqué personnellement dans l'élaboration de ce Moto Racer World Tour: "D'abord, il y eut les prises de son lors d'essais privés en Espagne et en France, explique le pilote. Ensuite, j'ai essayé une première mouture du jeu afin d'optimiser les réactions de la moto de façon à accéder à un réalisme maximal. C'est une expérience passionnante que j'aimerais renouveler avec davantage encore d'implication."

Et le pilote a dû prendre son rôle très au sérieux, car dans sa partie "vitesse", ce World Tour dépasse en réalisme maints concurrents. La plus belle preuve nous en est donnée par la gestion des chutes: ici, pas question de freiner sur l'angle comme un goret apeuré ni de réaccélérer trop tôt, car le coup de raquette est immédiat et transmis à l'écran comme à la manette de manière parfaitement plausible. De même, il faut se dépouiller pour faire claquer un chrono et, contrairement à ce qui prévaut dans d'autres simulations, vos adversaires ne s'écartent pas pour vous ouvrir la porte: "Jacatac" obligatoire pour passer en force!

On regrette alors amèrement que ce jeu partage avec ses concurrents un certain nombre de lacunes dont la plus frustrante est sûrement que, quel que soit le mode choisi, seuls cinq pilotes sont en lice dont les teams sont imaginaires et dont les motos restent non identifiées puisqu'elles se contentent d'une signalétique reprenant vitesse, maniabilité, accélération et adhérence. Heureusement, tous les réglages sont possibles (des rapports de boîte à la démultiplication en passant par les suspensions) et ont une incidence sur votre pilotage. A l'inverse, il fait toujours beau sur les (trop) rares circuits disponibles. En vitesse, on ne dispose que de Suzuka, du Sachsenring, de Eastern Creek et de trois portions (géniales, il faut le dire) du mythique tracé de l'île de Man. En regard d'un championnat, c'est peu, mais le souci du détail compense en partie; ainsi, à Suzuka, les informaticiens n'ont pas oublié la petite bosse qui conditionne le passage dans la célèbre chicane.

Nonobstant ses manquements, Moto Racer World Tour présente aussi un avantage qui le laisse sans concurrence: il est le seul jeu moto à mélanger les genres. On retrouve bien là l'influence d'un Olivier Jacque qui a touché à tout avant de débarquer sur les rubans d'asphalte.

Changez d'équipement, et c'est parti pour le cross, en plein air (2 tracés) ou en salle (3 circuits). Dans les deux cas, un soin particulier a été apporté aux techniques de saut et au rôle des freins dans la direction de la machine. En dépit d'un graphisme peu détaillé, la piste du Stade de France notamment est reconstituée comme si on y était. Ce volet cross est vraiment très fun et l'arsouille y est dantesque avec les autres pilotes.

Comme souvent, il faut d'abord faire ses preuves avant d'accéder à tous les circuits, et ce n'est pas chose aisée car le jeu tient aussi de la simulation. Après cela, on dispose enfin des modes bonus dont l'existence renforce encore l'unicité de ce World Tour.

En effet, en tant que pilote émérite en cross et en vitesse, le jeu vous bombarde pilote de dragster (avec des pointes à 700km/h!), expert en freestyle (une vingtaine de tricks et figures sont disponibles), trialiste (un mode flippant exigeant une grande dextérité) ou encore kamikaze urbain slalomant à 300 entre les voitures le long de la Seine ou sur la côte Ouest des Etats-Unis.   

C'est de ce large éventail de possibilités que Moto Racer World Tour tire sa force: pris séparément, les modes ne révolutionnent pas le genre, mais condensés en un seul CD, ils en font un jeu incontournable.

Le grand saut avec Ricky?

Plus ancien (1999), mais aussi fréquemment soldé, Championship Motocross met en vedette Ricky Carmichael et, accessoirement, Kawasaki ainsi que ses sponsors américains. Disons-le clairement, ce jeu ne nous a pas réellement convaincu car la texture des décors y est plutôt grossière et le scénario pas toujours très réaliste. Par exemple, il y a des portions de circuits où vous rattrapez systématiquement vos adversaires, même en pilotant "comme un manche".

Les différents modes habituels se retrouvent ici (arcade, championnat, essais, 2 joueurs, etc) et sont servis par une excellente bande sonore d'inspiration heavy metal. La gestion des conditions climatiques est satisfaisante et elles influent vraiment sur le comportement des machines; courir en plein orage avec le tonnerre dans les oreilles a de quoi vous filer les boules.

Disons que l'intérêt principal de ce jeu réside dans sa grande jouabilité (on s'amuse tout de suite), et il est vrai que les bagarres entre pilotes sont gratifiantes. Par contre, on est automatiquement éliminé d'un championnat si on ne marque pas suffisamment de points, ce qui n'est guère réaliste et, surtout, très frustrant. Bref, un titre à louer plutôt qu'à acquérir.

RS (avec la complicité de Michaël De NYS)


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